TIAN : expo, film, ciné-débat du 6 au 23 août, à La Flèche


Exposition du samedi 6 au 23 août 2022 et film-débat le lundi 8 août, au cinéma Le Kid, à La Flèche.

« Nous ne vivons plus dans une époque mais dans un délai. » Cet augure philosophique du journaliste et essayiste Günther Anders [1], aux lendemains d’Hiroshima et de Nagasaki, s’impose fâcheusement à notre réflexion sinon à nos angoisses, passées les menaces nucléaires proférées et réitérées par Poutine et autres sectateurs russes, sans oublier les gesticulations mortifères des uns et des autres, ici et là, dans le détroit de Taïwan et sur l’île éponyme, dans les Balkans, en mer Baltique…

L’urgence à faire prévaloir l’application du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) voté le 7 juillet 2017 par une grande majorité de pays [2] devient une priorité absolue avant que lesdits « Grands » de ce monde nous précipitent dans un univers de cendres, de pleurs et de douleurs.

Expo TIAN

En Sarthe, le Collectif 72 pour la paix (auquel Sortir du Nucléaire 72 participe) s’emploie à sensibiliser le plus grand nombre sur ce sujet très critique. Trois semaine durant, cet été, l’exposition réalisée par ICAN France (Campagne Internationale pour abolir les armes nucléaires) intitulée « TIAN » (Traité d’interdiction des armes nucléaires) a été proposé aux habitants et aux estivants. En vingt-deux panneaux, cette exposition présentait la problématique de la bombe atomique et le TIAN. C’était du 6 au 23 août à La Flèche, au cinéma municipal Le Kid, avec la municipalité (infra) qui a prêté main-forte.

La même exposition sera proposée prochainement à Allonnes, du 26 septembre au 21 octobre (au premier étage de l’hôtel de ville, esplanade Nelson-Mandela). Notons que la municipalité d’Allonnes est aussi signataire de l’appel Mayors for peace (Maires pour la paix, c’est ici : ) et de l’Appel des villes lancé par ICAN (supra), c’est là : . Souhaitons que La Flèche, qui a déjà marqué son intérêt pour cette conscientisation (et pourquoi pas Le Mans ?) rejoigne les édiles et villes (Paris, Bordeaux, Grenoble, Lyon…) qui se sont déjà engagés dans ce combat pacifique.

Vernissage. — Rappelons qu’il était proposé le jour du 77e « anniversaire » de l’explosion de la toute première bombe atomique sur Hiroshima. Outre Jean-François Joly, directeur du Kid, parmi les « officiels » présents au vernissage, nous avons noté : Michel Langlois, adjoint chargé des solidarités de La Flèche ; Patricia Méterreau, adjointe chargée de l’action économique locale ; Nadine Grelet-Certenais, maire, et les deux premier·e·s adjoint·e·s en vacances étaient excusé·e·s. L’exposition a évidemment été introduite par de courts discours des parties prenantes : Jean-François Joly (supra), Martial Château (aussi de Sortir du nucléaire) et Gérard Halie (aussi du Mouvement de la paix) pour le collectif organisateur.

Bien annoncée par la presse (sans itération toutefois) mais pas relayée par le magazine municipal ni le syndicat d’initiative de la ville, plus que les vadrouilleurs estivaux, ce sont surtout les cinéphiles qui ont profité de l’éclairage proposé par cette rétrospective sur les armes nucléaires et la narration pour l’obtention du traité (TIAN). La monstration était complémentée d’une documentation accordée, qui, on l’espère, contribuera de nourrir et prolonger la réflexion ad victoriam.

On aurait imaginé qu’une telle exposition (aussi le ciné-débat, infra) dans une ville qui accueille le prytanée national militaire [3], un des six lycées de la Défense française, n’aurait pas laissé indifférente ladite institution. Que nenni ! Cette option fondamentale, jamais soumise au suffrage universel, ne s’embarrasse pas plus des débats citoyens locaux. Sans doute la consigne, ici, aura été de l’ignorer.

Le ciné-débat

En marge de l’expo TIAN, le lundi 8 août, le Collectif 72 pour la paix et le cinéma Le Kid proposaient comme qui dirait son complément avec le film Le début de la fin des armes nucléaires, d’Alvaro Orus. Contre toute attente, malgré une date au pic estival, plus d’une vingtaine de personnes, dont Nadine Grelet-Certenais, maire de La Flèche, et Michel Langlois, adjoint chargé des solidarités, ont souhaité marquer leur intérêt pour cette très compliquée et controversée question de l’arme nucléaire et de son corollaire, la supposée dissuasion (sujet particulièrement d’actualité  et anxiogène en ces temps de menaces de la Russie envers l’Ukraine).

Pas de brutions (ni d’aréopage gradé) pour en débattre, la soutenir, la relativiser… là non plus. Le « père » de la bombe atomique française, Pierre Guillaumat (1909-1991, École des Mines, directeur des carburants, administrateur général du CEA, ministre chargé de l’Énergie atomique, président d’EDF…), natif de La Flèche et élève du prytanée (que son père commandait) doit s’en retourner dans sa tombe ! 

Nous ne sommes pourtant pas seuls à tirer la sonnette d’alarme ! Martial Château a tenu a rappelé la déclaration récente (du lundi 1er août) d’António Guterres, secrétaire général de l’ONU, prévenant « que l’Humanité était à une erreur de calcul de l’anéantissement nucléaire. »  Militant du Collectif 72 pour la paix, son constat est factuel : « L’arme nucléaire est excessivement dangereuse et coûte très cher, il faut l’interdire à l’échelle mondiale. Les récents événements en Ukraine doivent nous en faire prendre conscience. » Si la « roulette » russe s’adresse en général à l’individu, là, le danger concerne l’ensemble de l’humanité.

Pour ce même collectif, Gérard Halie a renouvelé tout l’intérêt de cet outil dont chacun peut et doit s’emparer pour faire aboutir ce traité (pour lequel il a beaucoup donné), initié par un large mouvement citoyen et associatif et porté par de nombreux pays non dotés d’armes nucléaires (ENDAN) refusant qu’un État, quel qu’il soit, puisse avoir un droit de vie et de mort sur le reste de l’humanité !

De l’argent comme s’il en pleuvait 

Depuis l’agression de l’Ukraine par la Fédération de Russie, Macron veut désormais « ajuster les moyens aux menaces » en faisant entrer le pays « dans une économie de guerre ». Avec l’intention de remonter le budget de la défense nationale à 2 % (comme Trump en enjoignait les membres de l’OTAN). En janvier-février 2020, le même Macron avait déjà décidé de conforter les deux composantes navale et aérienne de la dissuasion nucléaire et d’y consacrer 25 milliards d’euros pour la période 2019-2023, puis six milliards par an jusqu’en 2025, soit un total de 37 milliards.

Opportuniste ou pas, vous en jugerez vous-même, il n’a pas toujours été sur ces mêmes bases ! Il y a environ quinze ans, de juin 2007 à janvier 2008, sous la présidence de Nicolas Sarkosy, Emmanuel Macron, alors jeune banquier d’affaires chez Rothschild, participait à la commission pour la libération de la croissance française, dite Commission Attali. Il y avait alors proposé, devant un auditoire médusé, de supprimer la force de dissuasion nucléaire pour faire des économie : « Ce n’est pas très compliqué de trouver 4 milliards d’euros d’économies, avait-il dit. La dissuasion nucléaire, ça ne sert à rien, les Allemands n’en ont pas. » [4]. Fermons le ban ! Nonobstant, en janvier 2020 à l’École de guerre, le président Macron érigeait « notre force de dissuasion nucléaire en ultime recours » et en faisait « la clé de voûte de notre sécurité et la garantie de nos intérêts vitaux ». En même temps…

Est-il sain, est-il sûr (sécure) de confier des armes aussi puissantes, aussi impactantes et meurtrières à une personnalité aussi versatile ?

Fais ce que je dis, pas ce que je fais

Hélas, tous les pays dotés continuent d’entretenir, moderniser et/ou améliorer les capacités de leurs armes nucléaires. Y compris les pays ayant signé le TNP, Traité de non-prolifération, qui, pourtant, l’interdit. L’Iran (qui ne l’a pas signé) poursuit sa course au graal atomique et pourrait obtenir la bombe si d’aventure les sanctions qui ont abouti aux négociations en cours ne parvenaient pas à l’en empêcher. Le 27 février, trois jours après le déferlement de l’armée de la Fédération de Russie en Ukraine, 65 % des Biélorusses votaient pour une nouvelle constitution dont l’un des amendements proposés par le président-dictateur Alexandre Loukachenko revient sur l’engagement choisi par le pays en 1991 de rester une « zone sans nucléaire » [5]. Sous le couvert de menaces de la Corée du Nord et de la Chine, le Japon envisage d’améliorer un millier de ses missiles de croisière (sans charge nucléaire, sic), pour faire passer leur portée de cent à un millier de kilomètres et de les déployer autour de la région de Kyushu et sur des petites îles plus proches de Taïwan. Mais, en dépit de sa constitution « pacifiste » imposée par les États-Unis après la Seconde Guerre mondiale qui limite l’île à des moyens militaires défensifs, beaucoup de politiques japonais souhaitent aussi voir leur pays se doter d’une défense nucléaire malgré son brûlant passé. Sa capacité de pouvoir techniquement et rapidement se doter de l’arme atomique (il détient un important stock de plutonium) n’est qu’un secret de polichinelle.

Le nucléaire — civil et/ou militaire —, il est urgent d’y renoncer !


[1] Dans La menace nucléaire, considération sur l’âge atomique. Suite de la citation : « C’est aujourd’hui que  ces termes « fin du monde », « apocalypse » prennent un sens sérieux et non métaphysique : depuis l’année zéro (1945). ils désignent pour la première fois une fin réellement possible ». Günther Anders (1902-1992 : philosophe, journaliste et essayiste, allemand puis autrichien, fortement engagé dans les combats antinucléaires. Aussi compagnon de route d’Hannah Arendt avec qui il a été marié de 1929 à1937. Consultez sa biographie sur les supports de votre choix.

[2] Adopté à l’ONU le 7 juillet 2017 par 122 pays, entré en vigueur à la 50e ratification le 22 janvier 2021. Aujourd’hui, 86 pays l’ont signé et 66 partis l’ont ratifié, c’est là : .

[3] Il n’est ouvert qu’aux enfants de militaires en activité ou à la retraite et aux enfants de magistrats et de fonctionnaires. Les « Brutions » s’orientent ensuite vers les grandes écoles militaires françaises.

[4] Dans L’emprise, de Marc Eneweld, aux éditions du Seuil, p. 18.

[5] Tout comme l’Ukraine et le Kazakhstan, le 23 mai 1992, la Biélorussie a signé le Protocole de Lisbonne relatif au traité de réduction des armes stratégiques stipulant que toutes les armes nucléaires de l’ancienne Union soviétique sur son sol seraient détruites ou transférées sous le contrôle de la Russie et ont tous accepté d’adhérer au TNP, Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. Les instruments de ratification ne seront échangés qu’en décembre 1994. Malgré quelques difficultés, en 1996, lesdites armes étaient restituées ou démantelées. Cependant, à l’exception d’un, la Biélorussie a conservé les 80 autres sites de lancement. Depuis, Poutine et Loukachenko projettent plutôt de moderniser l’aviation biélorusse pour l’adapter au transport d’armes nucléaires russes !


Crédit photos : SdN 72. Poster : « Barillet » du site gratuit : int.nonukeart.com. Visuel : capture d’écran du générique du film.