Février 2026 — Sarthe, Grand-ouest, partout
Cet article de Martial Château (membre et co-président de Sortir du Nucléaire 72) a été publié par le Réseau Sortir de nucléaire (structure nationale) pour sa revue éponyme, n° 108, printemps 2026 (en page 6). N’hésitez pas à consulter d’anciens numéros, ici : ▶, et de vous y abonner si affinités.
Pour l’EPR de Finlande, les deux en Chine et maintenant pour celui de Flamanville, le fonctionnement, des soupapes du pressuriseur, reste problématique !
Rôle des soupapes
La pression du circuit primaire est maintenue à 155 bars, à laide de pompes, afin de maintenir sous forme liquide, l’eau chauffée à plus de 300° C. Le pressuriseur (13 m de hauteur et 3 m de diamètre) sert à compenser l’expansion de l’eau due à sa dilatation thermique. Les trois soupapes situées au-dessus du pressuriseur sont des éléments de sûreté nucléaire fondamentaux. Si la pression est trop élevée, les soupapes s’ouvrent et relâchent de la vapeur pour faire baisser cette pression (comme pour la soupape d’une cocotte-minute pour évité son explosion). Mais ces soupapes doivent se refermer automatiquement lorsque la pression est redevenue fonctionnelle, sinon de la vapeur continue de sortir et la pression de l’eau du circuit primaire diminue gravement, ce qui peut conduire à la fusion du cœur, comme cela est arrivé à Three Mile Island en 1979 aux USA.
Les soupapes défaillantes de l’EPR de Flamanville
En avril et en juin 2025, les essais de mise en service du réacteur de l’EPR de Flamanville sont interrompus en raison de fuites importantes des soupapes puis de nouveau en juillet, cette même année ! EDF, prenant en compte le caractère non pérenne des tentatives de solutions précédentes, décide une intervention pour une remise en état.
Les travaux à effectuer consistent en partie à usiner des pièces des soupapes directement à l’intérieur du bâtiment réacteur, donc en zone nucléaire (nécessité de prendre des mesures de radioprotection) car la disponibilité de pièces de rechange est insuffisante comme le signale l’ASNR [1], dans un rapport de la mi-juillet 2025.
Le redémarrage et l’atteinte de la plaine puissance, fixée à la fin de l’été 2025 puis reportée à la fin de l’automne ne sera en fait que de 80 %, selon une annonce d’EDF du 12 décembre 2025.
Choix surprenant du type de soupapes
L’EPR est présenté comme un réacteur répondant à des critères de sûreté supérieurs à tous ceux existant précédemment, et prenant en compte les recommandations post catastrophe de Fukushima.
Les vieux réacteurs sont équipés de soupapes en « tandem » : une deuxième soupape en aval de la première permet de fermer celle-ci si première de se ferme pas. Pourquoi avoir remplacé un appareillage fonctionnel par des soupapes problématiques sur l’EPR de Flamanville ?
Pour le projet de six EPR2 (Penly, Gravelines, Bugey), EDF fait marche arrière et revient au soupape en « tandem. »
Des recours juridiques
En juillet 2024, les associations Réseaux « Sortir du nucleaire », CRIIRAD [2], CRILAN [3], Robin des bois, Greenpeace, FNE Normandie [4] et Global Chance, ont déposé une plainte auprès des parquets de Cherbourg et de Paris au regard d’irrégularités sur l’EPR incluant des contrefaçons, falsifications et suspicion de fraude. Elles ont été déboutées par la justice le 21 novembre 2025.
Ces défaillances de sûreté exposant la population à un danger imminent, le CRILAN a déposé une nouvelle plainte le 7 octobre 2025 et appelle la population à s’y associer
Martial Château
Pour s’associer à la plainte du CRILAN : www.sortirdunucléaire.org/L-EPR–et–ses–soupapes–le–CRILAN–porte–plainte.
Notes
[1] L’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR).
[2] La Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD) est une association française, fondée en mai 1986 au lendemain de la catastrophe de Tchernobyl.
[3] Le Comité de réflexion, d’information et de lutte anti-nucléaire (Crilan) est une association antinucléaire et écologique du département de la Manche.
[4] France Nature Environnement (FNE).
