1ère Réunion publique de la CLI Ionisos à Sablé-sur-Sarthe, le 26 novembre 2018


Lundi 26 novembre 2018 — Salle du CFSR Les Rives de Sablé, à Sablé-sur-Sarthe

Retour sur la première réunion publique de la Commission Locale d’Information de l’Installation Nucléaire de Base n° 154 (de 2e catégorie) du site — nucléaire — Ionisos de Sablé-sur-Sarthe.

logo détourné de IonisosDepuis la loi de juin 2006 et le décret de mars 2008, dans le cadre de leurs missions d’information, la réglementation des CLIs (cf. plus haut) rend obligatoire la tenue d’une réunion publique tous les deux ans pour un site classé INB (cf. plus haut) 2e catégorie comme Ionisos. Celle de Ionisos s’est déroulée pour la première fois le lundi 26 novembre à Sablé.

Recension (arrangée)

Participations Elle était présidée par Daniel Chevalier maire de Juigné-sur-Sarthe, également vice-président du Conseil départemental avec la participation de : Sébastien Jonet, responsable de la sûreté nucléaire du groupe Ionisos ; Michel Plantier, directeur qualité ; Johan Colteau, directeur du site, Gildas Le Guillerme (directeur des opérations Lyon) et, avec la présence de Pierre Siefridt directeur de l’Autorité de Sureté du Nucléaire (ASN) de Nantes.

Hélas, l’information faite par les services du département en charge de l’organisation de cette réunion n’ayant pas été à la hauteur, la participation fût réduite notamment celle des riverains, des saboliens et périphériques. Les représentant-es de la collectivité y ont aussi brillé par leur absence, hormis deux conseillers d’opposition Rémi Mareau et Gérard Frétellière. Sortir du nucléaire 72 et ses présidents y ont évidemment participé. L’un des deux, Martial Château, est aussi membre de la CLI pour Sarthe Nature Environnement.

Présentation du site Ionisos de Sablé Cette installation existe sur Sablé depuis 1992, elle est prestataire de services pour différentes sociétés industrielles. De l’agro-alimentaire hier (la direction de Ionisos a d’ailleurs affirmé au cours cette réunion, que plus aucun produit à destination de l’alimentation humaine n’est ionisé sur le site), de la chirurgie, des cosmétiques… à l’industrie automobile aujourd’hui. Ionisos a six sites en France. Quatre sous ce même nom : à Chaumesnil près de Troyes, Dagneux (également siège social) près de Lyon, Pouzauges en Vendée et Sablé-sur- Sarthe. Et, deux autres unités (non nucléaires) sous le nom de Stermed à Civrieux-d’Azergues (près de Lyon) et Stérylène à Gien. Pour les ramifications internationales du groupe, consultez notre précédant article d’octobre 2017, ici : , ou directement le site de Ionisos, là : .

Aujourd’hui, l’ionisation par rayonnement gamma est utilisée pour stériliser différents matériels médical : prothèses, sprays, seringues à usage unique, kits médicaux notamment pour les dialyses rénales… (85 % de l’activité). Mais aussi, plus récemment, pour de la réticulation (optimisation de certaines propriétés et performances des matériaux) de tuyaux de chauffage au sol, câbles et boucliers pour l’industrie automobile, etc.

Comme sur le site de Pouzauges, l’ionisation des produits se fait à l’aide de rayon gamma produit par du cobalt 60. Le Co60 permet une ionisation à coeur des produits, une autre technique est possible à l’aide de rayon béta mais l’ionisation n’est alors que superficielle. Cette technique n’est pas présente à Sablé.

Transports Les source radioactives de cobalt 60 sont fourni par la société canadienne Nordion (située à Ottawa dans l’Ontario) et transporté par bateau jusqu’au Havre avec un cadencement de l’ordre d’un voyage par an. Ensuite, les acheminements se font par route. Le stockage momentané des sources neuves et usagées (demi‐vie : 5,27 ans) se situe à Pouzauges. Neuves ou usagées, l’Autorité de Sureté Nucléaire (ASN) n’a pas autorisé le site de Sablé à stocker aucune de ces sources. Cerise sur le gâteau, les containers de transport des sources au Cobalt 60, eux, sont désormais fabriqués avec de l’uranium appauvri (3 t pour 3 kg de crayons) ce qui pourrait causer de graves problèmes de dispersion radioactive en cas d’accident et/ou d’incendie (imaginez dans un tunnel !).

Conditions de travail Sur le site travaillent actuellement 23 salariés dont 4 sont habilités à travailler en zone présentant un risque de radiation. Tout est entièrement automatisé, les produit restent sur les palettes (même emballées et filmées) lors de leurs expositions au rayons gamma, l’opérateur est à l’abri à l’extérieur de la « casemate » (cellule de béton armé d’une épaisseur allant d’1,80 m au double) et y pilote les différents phases du traitement : entrée de la palette, sortie des sources radioactives de la piscine de stockage, durée du process d’irradiation et retour des sources dans la piscine une fois le travail terminé.

Pour info, à proximité, le temps létal d’exposition au rayon gamma est de l’ordre de la seconde à quelques minutes en fonction de l’intensité mise en service à ce moment là.

Controverse·s

La production de la source de cobalt 60 elle-même et son transit par voies maritime ou terrestre ne manque pas d’interroger (fortunes de mer, submersion, éperonnage ; accidents routiers et/ou ferroviaire ; actes de malveillance…) [1] . Son conditionnement en container à uranium appauvri eut égard aux personnels (marins, dockers, chauffeurs, agents de sécurité, manutentionnaires…) chargés de son convoiement ou des populations croisées sur son chemin, également.

Cette procédure de travail rejette aussi de l’ozone dans l’environnement autour de l’usine. À ce jour, et sauf erreur de notre part, aucun organisme indépendant ne contrôle ces effluents émis par le site. De même aucune vigie et/ou suivi sanitaire particulier n’est recommandé ni exercé dans les périmètres autour de l’entreprise. Cela pose évidemment question vis à vis des populations qui vivent ou travaillent à proximité. Sur ce point un retour des pouvoirs publics et de la mairie de Sablé est souhaité et attendu.

Interrogé par Thierry Touche (co-président d’SdN 72) sur le scénario d’une perte générale d’alimentation électrique du site, un de l’équipe Ionisos a affirmé à toute l’assemblée, sans détours ni doute, que les panneaux de sources redescendraient — automatiquement — au fond de la piscine (l’eau faisant écran à la radioactivité). Cependant, chacun sait depuis toujours (Tchernobyl, Fukushima… ou, hors du champs nucléaire, Bhopal, AZF…) qu’aucun système, fût-il automatisé, n’est infaillible. D’ailleurs, il y a peu d’années, le 28 juin 2005 exactement, sans même qu’il n’y eut de coupure électrique, un obstacle avait bloqué le palan de manutention, les panneaux de sources radioactives restant suspendus et non immergés [2]. CQFD !

Après-propos

Sauf l’intérêt économique et somme toute mercantile de cette proposition technique sa mise en oeuvre en vaut-elle bien la chandelle ? Au regard de la vulnérabilité de la chaîne, de sa sûreté et de la dangerosité du process, est-elle si indispensable, voire même, justifiable ? Sans elle, les nombreux pays dépourvu de ce type d’installation, leurs organismes sanitaires, hôpitaux, cliniques, dispensaires… n’ayant pas recours à la stérilisation par irradiation — pardon « ionisation » — seraient-ils condamnés à de dangereux risques sanitaires ? D’évidence, la réponse à cette interrogation est négative. Implicitement, elle induit qu’ailleurs, les alternatives à ce mode de stérilisation existent bel et bien !


Commencés début 2018, les travaux d’agrandissement de la partie stockage amont (dû notamment à l’augmentation des volumes des pièces réticulées) sont terminés. La partie expédition, elle, est toujours en cours de réalisation. L’accroissement de l’activité, voire, de l’amplitude de temps de travail comme à Pouzauges participera aussi, à n’en pas douté, de la pression sur les salariés et leurs conditions de travail. Partant, de la sûreté et la sécurité.


Le lien vers l’article du journal quotidien Le Maine Libre relatant la réunion est là : .


                                          Thierry Touche, pour : Sortir du Nucléaire 72 et Sarthe Nature Environnement 72


[1] Le compte-rendu de cette réunion (reçu longtemps après, le 2 mai 2019), parle maintenant d’un transport aérien et routier avec information à l’ASN ! Les risques d’accidents n’en sont pas moindre !

[2] Des cartons en traitement avaient empêché la manœuvre de descente. Un « écart » (jargon pour ne pas dire langue de bois signifiant incidents voire accident en milieu nucléophile) classé au niveau un sur les huit niveaux (de 0 à 7) de l’échelle INES, International nuclear event scale, comprendre Echelle internationale de gravité des événements nucléaires.

Une inspection de l’ASN de Nantes, en date du 20 novembre 2013 sur le site de Sablé, avait aussi pointé l’absence de respect des dispositions prévues par la réglementation concernant les essais préalables à la remise en service du palan de manutention des panneaux de sources.  


Illustration (logo Ionisos détourné) : SdN 72 (J-L B). Crédit photo : SdN 72.


Addendum Suite à l’annonce ratée de cette réunion ouverte, une nouvelle CLI Ionisos — publique — se tiendra le 21 mai à 18 h 30, salle du CFSR Les Rives de Sablé, à Sablé-sur-Sarthe (même le bulletin municipal informera de sa tenue). Quid : des Nouvelles de Sablé, du Maine Libre, Ouest France, France bleu MaineFrance 3… Espérons tout de même une plus grande participation du public !