Mercredi 22 juillet 2026 — France
L’article qui suit, a été rédigé par Martial Château (coprésident de Sortir du Nucléaire 72) pour la revue Sortir du Nucléaire, organe national du Réseau éponyme et paru dans son n° 110 – été 2026. Nous vous conseillons vivement de vous y abonner, c’est là : ▶.
Le 16 avril dernier, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection a organisé un atelier de dialogue avec la « société », représentée par des étudiant·es de l’Institut français de géopolitique, des membres des CLI, d’EDF, de l’ASNR, et des experts, consacré aux enjeux de la prolongation des réacteurs nucléaires au-delà de 60 ans. Près de 80 personnes ont participé.
En début d’atelier, la représentante d’EDF a précisé que « l’autorisation de création des réacteurs nucléaires est délivrée sans limites à priori de durée de fonctionnement ». Seul le réexamen décennal permet de démontrer l’aptitude de chaque réacteur à poursuivre son fonctionnement.

Ces examens tous les 10 ans n’étant pas adaptés pour une prévision suffisamment anticipée de la politique énergétique, le gouvernement et le Parlement ont demandé à l’ASNR de fournir, avant décembre 2026, un avis sur la prolongation au-delà de 60 ans alors que les visites pour les 50 ans ne commenceront qu’en 2029.
Le document de travail fourni par EDF à l’ASNR est passablement optimiste sur la possibilité de poursuivre le fonctionnement au-delà de 60 ans ! En effet :
▪️Il s’appuie sur le retour d’expérience international : 20 réacteurs aux USA sont déjà autorisés à fonctionner jusqu’à 80 ans.
▪️Les actions de maitrise du vieillissement de l’acier de la cuve associées aux nouvelles méthodes d’analyse non destructive des matériaux permettraient de vérifier que les cuves, élément non remplaçable, pourraient continuer à fonctionner… avec néanmoins quelques précautions comme le préchauffage des eaux injectées dans la cuve afin d’éviter les chocs thermiques sur l’acier fragilisé par l’exposition au flux neutronique !
▪️Pour les bétons du puits de cuve (a) comme pour les enceintes de confinement qui sont deux autres ensembles non remplaçable le document d’EDF s’en remet à l’appropriation des travaux réalisés à l’international et aux visites décennales !
▪️Concernant l’adaptation au changement climatique, les démarches mises en œuvre lors des dernières canicules, submersion, tempêtes semblent satisfaire EDF, qui se content d’une prise en compte à court terme : « vision prospective sur 20 à 30 ans qui permet d’anticiper au fil de l’eau l’adaptation au changement climatique. »
▪️Un réacteur, c’est 10 000 km de fils électriques dont l’isolant peut se dégrader : leur éventuel remplacement ne semble pas vraiment préoccuper EDF, pourtant beaucoup de ces fils sont difficilement accessibles car incrustés dans le béton.
▪️Pour les combustibles neufs et pour les combustibles usés, les dispositions actuelles de traitement, recyclage, entreposage, seraient poursuivies avec la mise en service de nouvelles usines à l’horizon 2040.
Le document de travail est muet sur les actes de malveillances, agressions externes, alors que les conflits actuels montrent la vulnérabilité des sites nucléaires. Les risques sismiques n’y sont pas plus abordés ; les adaptations post Fukushima seraient suffisantes et les enseignements du séisme de 2019 au Teil (centrales de Cruas et Tricastin) font l’objet d’une autre étude…
En conclusion de son document de travail, EDF fait preuve d’une grande franchise : « La poursuite du fonctionnement au-delà de 60 ans représente la solution la plus économique pour bénéficier d’une électricité décarbonée et compétitive. »
Avec de telles affirmations mensongères (les énergies renouvelables sont plus compétitives) et une pression politique pour la relance du nucléaire, l’ASNR aura-t-elle la volonté de déclarer ces vieux réacteurs techniquement trop dangereux et décréter leur arrêt ?
Martial Château Membre de l’ANCCLI
(Association Nationale des Comités et Commissions Locales d’Information)
Note
[1] Ouvrage en béton armé supportant la cuve.
Photo : DR. Illustrations : Ysope et (du regretté) Lidwine.

