27/3/22 – Cordemais : sans nucléaire (SMR) ni charbon


Dimanche 27 mars 2022    Cordemais (Loire-Atlantique) et au-delà…

Près de 700 antinucléaires sont allés au charbon ce dimanche 27 mars 2022. Objectif ? Informer, s’opposer et couper court à toute velléité d’implantation d’un (ou plusieurs) mini-réacteur nucléaire (type SMR) ou de leur production en série sur le site de la centrale thermique de Cordemais, appelée à disparaître.

S’il faut bien fermer définitivement la « boutique » des fossiles, celle de la filière nucléaire (à l’uranium fossile [SIC], provenant en partie du Kazakstan) — de petite ou grande capacité ne coche aucune réponse idoine pour endiguer le réchauffement climatique. Idem en terme de calendrier. Et on ne vous dit rien de la sûreté, de la sécurité et autres tares de la filière.

Le château de fer

Ce rassemblement de plein air, gentiment festif et militant, lui, margera au nombre des événements réussis. Le protest était posé au droit de la centrale EDF au charbon de Cordemais, située sur la rive droite de la Loire, entre Nantes et Saint-Nazaire. Dès lors qu’on s’écarte de la voie rapide, il est difficile d’échapper à ses trois cheminées verticales aux couleurs manche à air. À défaut d’oxygène, là, durant des lustres, les trois conduits ont abondamment craché du CO2 et d’innombrables autres saloperies nuisibles à la santé des salariés (330 actuellement + prestataires), des riverains et ses répercussions délétères sur la biodiversité et le climat ! L’unité 3, au fioul, avait été arrètée début 2018. Climaticides et heureusement de moins en moins sollicitées, la fermeture programmée des deux tranches au charbon (de 600 MW chacune) a plusieurs fois été repoussée [1], puis reconsidérée pour le projet dit Écocombust, vite abandonné pour son manque de compétitivité et le retrait d’un investisseur, pour finalement redevenir pertinent avec la guerre en Ukraine et les déconvenues énergétiques liées.

Retour sur investissements militants

À la manœuvre de cette manifestation, le collectif « Cordemais sans nucléaire » regroupant une dizaine d’associations : Natur’action, Attac, Stop Bure, Sortir du nucléaire, NDDL poursuivre ensemble ; de partis politiques : EELV, la France Insoumise, le NPA, et d’un syndicat : Solidaires 44.

Introduites par l’arrivée d’un groupe de vélos précédant celui des tracteurs d’agriculteurs voisins et de Notre-Dame-des-Landes, l’entame des réjouissances a commencé par un agréable pique-nique militant, au milieu de compositions graphiques et plastiques, donnant lieu à des échanges de frichtis et autres jus du coin, d’informations, de pratiques… tout en maintenant et créant de nouveaux liens. Une masse d’informations, de livres, documents, flyers… (et « produits dérivés » militants),  était évidemment proposés dans chacun des points info-kiosques des groupes composant le collectif organisateur (supra) dont Sortir du nucléaire Pays de Nantes, plus des associations « délocalisées », comme Stop Bure ; l’ Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest (ACRO), tenue par nos voisins tourangeaux. Le stands Réseau Sortir du nucléaire, lui, était assuré par les Sarthois (au potentiel diminué par le nom de code C-19). L’après-midi s’est poursuivi avec des prises de parole des membres du collectif organisateur, évidemment, abondé du discours d’un représentant des anti-Bassines (infra), etc. (retrouvez certains de ces discours, photos…ici : . Côté animations, on retiendra le « flashmob » des dix-sept « panc-artistes » jouant de chacune des lettres de CENTRALE NUCLÉAIRE pour composer l’anagramme LE CANCER ET LA RUINE. Les musiciens-chanteurs, chœurs et déclameurs ont enchaîné et ambiancé la partie « culturello-récréative » de la suite de la journée. Le temps mirifique a aussi permis aux intéressé·e·s de participer aux ateliers d’entomologie et d’ornithologie et aux dilettant·e·s (ou pas) de folâtrer jusqu’à la « Villa Cheminée » de Tatzu Nishi (œuvre du parcours Estuaire Nantes).

Si la presse n’a pointé que 500 participant·e·s, le collectif, lui, en a décompté près de 700, compte tenu de l’alternance des personnes. Dont une grosse douzaine de Sarthois·es ou une petite quinzaine (c’est selon). Plus que prévu ! Une belle et heureuse surprise… Pas de quoi s’enflammer pour autant !

Le temps mirifique (pour le meilleur comme le pire), le rassemblement (sur trois jours) des anti-bassines à La Rochénard, dans les Deux-Sèvres, contre l’accaparement de l’eau et l’empoisonnement des sols par l’agro-industrie et le meeting politique de Y. Jadot à Paris ont aussi légèrement asséché nos rangs.

Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent (disait… Edgar Faure)

Alors ministre de François Hollande [2], Macron avait validé l’arrêt étalé de quatorze réacteurs vieillissants. Arrivé aux manettes du pays, l’opportuniste va vite changer son fusil d’épaule : fermer — quand même — en 2020 les deux réacteurs de Fessenheim que Hollande avait procrastiné et conditionné au démarrage de l’EPR (réacteur pressurisé européen) de Flamanville ; vite relancer l’entretien et la modernisationde l’arsenal nucléaire miltaire (soit 37 milliards entre 2019 et 2025) ; tergiverser avant de se désengager desdites fermetures planifiées — engageant implicitement un prolongement du parc bien au-delà de 40 ans — pour finalement projeter d’investir un milliard d’euros dans le cadre du pack « France 2030 » (12 octobre 2021) pour la conception et la construction de petits réacteurs nucléaires SMR (Small Modular Reactors). Le 10 février 2022 à Belfort,  il officialisera son intention de relancer cette filière très controversée par la programmation de six nouveaux réacteurs EPR de type 2 avec une mise en service du premier vers 2035 (date rapidement reconsidérée ensuite par des organismes moins racoleurs à 2040/2045) trop tard pour ce — quoi qu’il en coûte — versus climat et des études pour huit autres supplémentaires. D’ou…

Gaffeuse

Sans doute en mal de proposition, dix jours plus tard, la Sarthoise Christelle Morançais (LR), présidente du conseil régional des Pays de la Loire (et bientôt co-porte-parole de la très nucléophile Valérie Pécresse) se dira favorable à la construction d’un SMR sur le site de Cordemais dont la centrale au charbon devait fermer à l’horizon 2024, sinon après (initialement 2022)  [3]. Annonce à vision électoraliste, sa proposition a fait un flop magistral. Malavisée, EDF va même « casser » la présomptueuse ! Citation : « Il n’y a pas de projet de centrale nucléaire à Cordemais. Ni même de début de réflexion à ce sujet du côté d’EDF. » Rétropédalage stratégique ! Le 16 décembre, l’édile de la région va finalement reformuler le vœu que le site de Cordemais « ne fasse — que — produire [ou assembler] ces SMR », sous-entendu en série, pour en réduire le coût à l’unité.

Pour compléter notre propos, nous vous proposons un retour sur le communiqué commun à quatre organisations antinucléaires de l’Ouest et du Réseau SdN, publié le 24 octobre 2021, ici : , et la possibilité de pétitionner contre ce projet, là : .

L’Ouest tire le signal d’alarme

L’Ouest s’est mobilisé contre le nucléaire à maintes occasions, au Carnet, au Pellerin, à Erdeven, à Plogoff… puis, coupé les ailes de l’envahissant aéroport de Notre-Dame-des-Landes, d’Amazon, etc. Excepté l’ex-petit réacteur de Brennilis [4], l’Ouest n’a pas de centrale nucléaire de gros potentiel. D’où une petite musique lancinante donnant à entendre que cette région dépendrait de l’énergie produite chez ses voisins. Pour autant, ce territoire n’est pas épargné ! Il accueille d’innombrables infrastructures industrielles et de recherche nucléaires : l’ex-centrale de Brennilis, la base navale de l’Île-Longue et ses trois sous-marins lanceurs d’engins [5]. En Loire-Atlantique, plusieurs sites de l’estuaire, entre Nantes et Saint-Nazaire, sont déjà nucléarisés, en projet de nucléarisation ou sous-traitant de la filière : Naval Group Indret, Framatome Paimbœuf, Technocampus Ocean Bouguenais, CEA Tech Bouguenais, chantiers navals de Saint-Nazaire (projet de porte-avions à propulsion nucléaire), Le Carnet (projet de « parc écotechnologique »). Avec des subventions massives du conseil régional des Pays de la Loire s’agissant des sites de Bouguenais en particulier, lesquels abritent deux des quatre industriels impliqués dans le projet de SMR Nuward (Naval Group et le CEA). Damien Renault, coorganisateur de cette manifestation, est d’ailleurs l’auteur d’un ouvrage sur des financements masqués de la filière par la région [6].

À l’Ouestrien de nouveau ?

Ce projet de SMR n’a aucune crédibilité. Il a déjà des concurrents déclarés et au moins un opérationnel, n’a pas de capacité de financement, pas de demande, pas de marché, pas de… Il convient néanmoins de le stopper dans l’œuf avant qu’il ne fasse des petits (ou des grands) !

Aucune gabegie ne saurait se justifier. La sobriété et l’efficacité énergétiques complémentées par des énergies renouvelables ont bien été souligné ce dimanche 27 mars 2022. Nos territoires regorgent de possibilités, des plus modestes à de plus importantes (et parfois démesurées, en méthanisation par exemple), parfois citoyennes, plus souvent privées (et/ou mercantiles). Des parcs éoliens, solaires, citoyens ou mixte (public et citoyen, de collectivités, des ex-services publics de l’électricité et du gaz et/ou totalement privés) aux parcs offshores en passant par le solaire thermique et photovoltaïque, la méthanisation raisonnable et éco-responsable, la biomasse, l’hydroélectricité, la géothermie. On vous laisse poursuivre.

Au bout de l’estuaire se construit une des possibilités d’un avenir énergétique diversifié, décentralisé, émancipé de nucléaire, prometteur, mais qui arrive bien tard. Les nucléocrates et leurs affidés sont comptables de ce retard. Pourtant, 9 des 12 candidats aux premier tour des élections présidentielles n’ont rien appris des (ou de leurs) erreurs passées.


Notes

[1] Notamment en raison de l’intermittence du nucléaire, due aux retards cumulés de l’EPR de Flamanville, du programme de maintenance, des mises aux normes Fukushima, des pannes, défauts et aléas… d’un parc vieillissant et en déclin.

[2] Emmanuel  Macron était alors ministre de l’économie et des finances (entre 2014 et 2016). Il avait remis sa démission du gouvernement à François Hollande et Manuel Valls le 23 août 2016.

[3] Le projet dit Ecocombust de conversion en centrale biomasse initié en 2015 avait été précédemment recalé (en juillet/août 2021) pour son coût trop élevé et le retrait du partenaire industriel, induisant un manque de compétivité du kW/h. Mais… la guerre de la fédération de Russie, pour ne pas dire de Poutine, à l’Ukraine a notoirement changé la donne. D’abord celle de la vie des Ukrainiens, mais aussi la géopolitique internationale et de l’Europe en particulier. La dépendance au gaz russe, l’incertitude, la vulnérabilité des approvisionnements et la montée vertigineuse du coût des énergies fossiles (charbon, gaz, pétrole et uranium) et autres matières premières a remis en selle ce projet.

[4] Brennilis : 1967-1985 ; de puissance modeste, 80 MW ; pétardée à deux reprises ; arrêtée en 1985 ; démantèlement suspendu. Elle demeure cependant un casse-tête même pour les thuriféraires du nucléaire.

[5] Dont le deuxième, puis le troisième (et dernier) mis exceptionnellement à la mer pour cause de menaces nucléaires de l’autocrate et va-t-en guerre Poutine.

[6] Livre récent de Damien Renault (publié le 2 septembre 2021) : Le nucléaire subventionné en régions – Enquête en Pays de la Loire aux éditions L’Harmattan. Préface de Michèle Rivasi. Environ 170 p. Retrouvez-le sur nos tables de presse (rares en cette période). Hélas, nous n’en avons pas encore parlé sur ce site. Quand notre article sera prêt, ce sera là : .


Crédit photos et illustrations : SdN72, Chantal Cuisnier, Inconnus (on répare sur demande), Tract (recto-verso) de l’événement : Collectif Cordemais sans nucléaire, ci-dessous. Article du quotidien Ouest-France du lundi 28 mars 2022 (dans le corps de notre article). O.-F. avait également consacré un article annonçant ce projet de rassemblement le vendredi 21 janvier 2022.