Atomik Tour à La Flèche et au Mans, les 1er et 2 juillet 2019


Les 1er et 2 juillet 2019 – La Flèche et Le Mans

La Flèche et Le Mans constituaient la quarante-deuxième étape de l’Atomik Tour. Au programme : déambulation de porteurs et porteuses de paroles l’après-midi et ciné-débat en soirée avec le film Un héritage empoisonné (au Kid et aux Cinéastes). Bonus, la participation de sa réalisatrice, Isabelle Masson-Loodts [1] en personne et l’inépuisable « permanente » de ce Tour : Catherine Fumé [2].

L’Atomik Tour qui dénonce leur production et l’enfouissement en profondeur des déchets nucléaires hautement radioactifs et à vie longue à Bure, en Meuse (projet CIGéo), faisait escale en Sarthe, à La Flèche, le 1er juillet, et au Mans, le 2 juillet 2019. La Sarthe était la quarante-deuxième étape d’un circuit qui en compte cinquante. Il s’achèvera aux Tanneries de Dijon dans un final intercomité les 6, 7 et 8 août 2019 (c’est ici : ) avec les quatre jours d’actions et de jeûne pour l’abolition des armes nucléaires et la reconversion du CEA Valduc qui les conçoit, fabrique, modernise, entretient… (c’est là : ). Vous y êtes tous et toutes attendu.e.s avant de rejoindre, bien sûr, Les Bure’lesques, du 9 au 11 août 2019 à Hévilliers (à proximité de Bure 51), c’est encore là : .

Et puisque on est dans le calendrier de l’Avent dénucléarisé, notez aussi sur vos tablettes : les rencontres « Féminisme et nucléaire », les 21 et 22 septembre, à lieu à venir ; « Vent de Bure », à Nancy, les 28 et 29 septembre ; la commémoration (cinquantenaire) des accidents sur deux réacteurs de Saint-Laurent-des-Eaux/Nouan, le date à venir… Stooooooop (au nucléaire, évidemment) ! Pour ces rendez-vous, consulter Événements sur notre page d’accueil.

La démarche

La démarche de l’Atomik Tour va à contre-courant (sans s’y opposer) du très officiel débat sur le Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR) [3] organisé par la Commission nationale du débat public (CNDP) du 17 avril au 25 septembre 2019,  qui vise tout bonnement à restreindre le débat public aux seuls déchets nucléaires présents et à venir, et, par voie de conséquence, d’en légitimer la filière, et de facto, la pérenniser.  L’Atomik Tour entend favoriser les rencontres avec la population pour prendre directement langue avec elle et la consulter sur le choix global du nucléaire, débat dont elle a depuis toujours été privée.

Collectage de paroles

Dès le début du Tour, le « portage de paroles » s’est imposé comme méthode d’animation pour délier les langues, avec le plus souvent comme entame cette question ouverte : « La France nucléaire, vous y tenez ? »

Deux après-midi de captations de paroles et de palabres tout en contrastes ! L’un en milieu semi-naturel, en périphérie de ville, sur une base de loisirs (au lac de la Monnerie [4]). Un public jeune, dilettante, disponible, avenant. L’autre, en centre-ville, sur une place obséquieusement minéralisée (place des Comtes-du-Maine, au Mans) avec station de tramway. Un public généralement plus âgé, affairé, pressé, parfois fuyant. Beaucoup des témoignages prélevés restent optimistes et confiants, avec des perspectives possibles, quand d’autres sont porteurs d’interrogations, d’inquiétudes, de fausses idées et parfois de désinformation. Si la compilation des témoignages recueillis par une dizaine de déclencheurs et déclencheuses de paroles reste à faire, la tendance générale plébiscite la sortie des énergies fossiles et le recours aux énergies renouvelables (EnR) chez les jeunes. Les aînés s’interrogent encore sur les possibilités de muter du tout-nucléaire pour le même étiage productif — et permanent — en renouvelable. Le message « sobriété et efficacité énergétique » serait visiblement moins perçu. Le stockage… Tous (les jeunes) ou presque (les plus âgés) s’interrogent sur la fiabilité et la sûreté du nucléaire. Les plus intéressés pouvaient évidemment compléter leur information avec toute une documentation en libre service sur deux présentoirs (flyers plus techniques, prospectus, revues, cartes, etc.).

Contact presse : trois journaux étaient présents à notre rendez-vous presse au lac de la Monnerie à La Flèche : les quotidiens Ouest-France et Le Maine libre et l’hebdo Les Nouvelles. Seul, Ouest-France nous a consacré une photo et un petit article en local. Les rédactions du Mans, elles, continuent de nous ignorer ! Radios, TV absentes partout !

Un héritage empoisonné

Sorti en 2018, ce film de 57 mn d’Isabelle Masson-Loodts a déjà été diffusé à la télévision nationale francophone belge et les cinq chaînes régionales du grand Est (France Télévisions y a renoncé, Arte tarde). Il a aussi été retenu dans la sélection 2019 du Brussels International Film Festival (BRIFF). La réalisatrice que nous avions invitée a volontiers participé au jeu des questions-réponses aux deux séances et de pas mal d’étapes du Tour ou son documentaire était projeté.

Synopsis. — Alors qu’un siècle a suffi pour faire oublier le danger, pourtant encore réel, des rebuts de 14-18, comment croire que notre mémoire permettra de maintenir la vigilance des générations futures autour des déchets nucléaires qui resteront dangereux pour plusieurs centaines de millénaires ? Des poisons de 14-18 aux déchets nucléaires : au fil d’une enquête sur l’héritage toxique de la Grande Guerre se dessine une mise en perspective (d)étonnante. Dans les années 1920, la Belgique et la France se sont débarrassées des rebuts chimiques du conflit dans les territoires défavorisés [5]. L’opposition des populations locales a été balayée par l’urgence des décisions et par les pressions exercées par des lobbies industriels et agricoles. La bande annonce du film est là : .

Interprétation très subjective du débat du Mans

La réalisatrice est évidemment revenue sur son travail, sa méthode, ses difficultés à percer l’amnésie savamment entretenue. Aussi, son approche du journalisme (cf. note 1) et sa conception d’un militantisme réenchanté et réenchanteur. La veine quête du bonheur dans le consumérisme, la nécessité d’une sobriété heureuse (décroissance), le difficile sujet nucléaire évidemment, et, pour tout dire « l’effondrement » — déjà en cours —, sans faire mystère de l’urgence à agir en y remettant de l’espérance, de la joie et de l’énergie. Un des derniers et jeunes intervenants citera Victor Hugo : « Après la philosophie, il faut l’action ! » et désigne un système : le capitalisme !

Un héritage  empoisonné, c’est d’abord un sujet sur la mémoire. On la devine altérée, éphémère, amissible et souvent accompagnée d’un  fréquent déni, même sur une relative courte durée ! Les enfouissements, le désobusage (munitions 14-18), c’est un siècle et les sites sont toujours pollués. Longtemps la réalité a été niée, maquillée. Des paysans et propriétaires dont on a longtemps laissé commercialiser leurs productions agricoles ont ensuite été spoliés, puis plus ou moins bien compensés et/ou indemnisés. Un résiduel de 10 ha — hors normes — n’a toujours pas trouvé de solution ni sanitaire ni transactionnelle. Hier comme aujourd’hui, les petits arrangements avec les analyses et les seuils de pollution sont toujours d’actualité (parallèle avec le tritium récemment découvert dans la Loire dépassant les normes). Toujours dans la douleur : des implications sanitaires aux séquelles psychologiques !

Bien que sensibilisée au nucléaire, c’est pourtant la population qui alertera Isabelle Masson-Loodts de la symétrie de son travail d’investigation sur la compagnie Clere & Schwander (ex-société de désobusage) et sa « Place à Gaz » avec l‘actuelle volonté d’enfouir coûte que coûte nos déchets nucléaires à Bure (à 100 km, au sud de la Meuse) lors de ses retours d’information vers les populations locales. 

Une résistance s’y est cristallisée avec une répression sans précédent en retour (aussi NDDL, les Gilets jaunes, Extinction Rebellion). Appelons un chat un chat ! Ledit laboratoire CIGéo est d’abord celui de la répression policière et judiciaire (fichage, gardes à vue, expulsions, captages vidéo, interdictions de territoire et de rencontres, enquête pour association de malfaiteurs, jugements…) rappelle Catherine Fumé, avant d’être un « paquet cadeau » empoisonné livré aux innombrables générations à venir. Du bolduc au bois Lejuc n’y aurait-il qu’un lien enrubanné ?

 Mémoire ravivée aussi :  la poubelle StockaMine (site de stockage de déchets dangereux dans la mine de Wittelsheim, près de Mulhouse), du perchlorate (Nord) et du glyphosate partout aujourd’hui, des largages en mer des déchets nucléaires, de la conduite d’évacuation des radioéléments de l’usine de retraitement de La Hague dans le raz Blanchard, les largages — autorisés — de tritium par cinquante-huit réacteurs, aussi. Faits méconnus, cachés, caviardés (Le Creusot), altérés, embrouillés, manipulés !

L’enfouissement des colis radioactifs n’est en aucun cas LA solution. Wipp (un équipement voisin du projet CIGéo) a explosé aux USA. Martial Château fustige soixante-dix ans de mensonges sur de supposées solutions pour les déchets, les billevesées de la transmutation, le retraitement inutile et hyper dangereux à La Hague (marginal, coûteux, sur lequel il faudra ré-intervenir une fois actée la sortie du nucléaire). Aussi, la tromperie sur le volume des déchets excluant du recensement l’uranium appauvri et le plutonium, pour conclure sur la nouvelle orientation des USA pour un stockage en subsurface avec des conteneurs spécifiques conçus et fabriqués par… Orano (chantre de l’enfouissement avec l’Andra en France) !

« Nous savons que les civilisations ne font pas le ménage derrière elles. Mais aucune n’a jamais laissé derrière elle des déchets qui resteraient mortellement dangereux pendant des millénaires. Là, nous sommes uniques. Absolument les seuls dans l’Histoire. » Henning Mankell (Suède), dans Sable mouvant, fragments de ma vie, éditions du Seuil, 2015.


Le site de l’Atomik Tour est là : . Vous y retrouverez toutes les étapes, dont celle de la Sarthe, les paroles glanées et une multitude d’autres renseignements.


[1] De nationalité belge, Isabelle Masson-Loodts (licenciée en…), officie d’abord dans l’archéologie préhistorique (le néandertalien) durant sept ans, puis elle devient journaliste indépendante — engagée — mais « pas militante » (presse écrite, radio et télévision). Ouvrages : La Grande Guerre des soignants. Médecins, infirmiers et brancardiers de la Grande Guerre, paru en 2009 aux éditions Mémogrames (écrit en duo avec son père) ; Paysages en bataille (2014) aux éditions Nevicata. Série de capsules audiovisuelles : 14-18, traces et empreintes, pour la RTBF, et réalisation de la série radiophonique Dernières nouvelles du front sur La Première (RTBF). À quarante-quatre ans, sa carrière reste ouverte à de nombreuses autres réjouissances.

[2] Catherine Fumé est l’une des chevilles ouvrières de ce tour. Jusqu’à son congrès du 15 juin, elle était administratrice (titulaire) du Réseau Sortir du nucléaire. Membre vibrillonnaire du groupe Sortir du nucléaire Berry-Giennois-Puisaye, nous la côtoyons aussi sur les rendez-vous (et réunions de préparation) du collectif Sortir du nucléaire Loire & Vienne.

[3] Aucun débat n’est programmé en Sarthe. Le plus proche, à Tours, est prévu pour le 9 juillet. Thème : les impacts des déchets sur la santé et sur l’environnement. Plus éloignés : Caen, Rennes, Paris.

[4] Deux ex-carrières. L’une est devenue le lac de la Monnerie, l’autre le lac dit « des Oiseaux ». Le Collectif Monnerie vivante s’est battu contre leur fusion au profit des pratiques nautiques et a obtenu le maintien de la digue entre les deux lacs alors que 170 espèces d’oiseaux s’y sont installées, parfois avant même la fin de l’extraction. Dont des oiseaux rares, protégés, voire en voie de disparition (ex. : le blongios nain). Aujourd’hui, le collectif veille toujours au grain et y organise des journées d’observation et de découverte avec le soutien de la LPO.

[5] À la fin de la Grande Guerre (14-18), il a fallu se débarrasser et/ou pétarder les très nombreuses munitions (obus au phosgène, à l’ypérite [gaz moutarde], au chlore, à l’arsine…) qui n’avaient pas explosées. Bateaux coulés en mer avec leur cargaison au large des côtes de la Manche et de la mer du Nord. Enfouissement (35.000 tonnes) à un kilomètre de la plage de Knocke-Heist, sur le banc de sable de Paardenmarkt, en Belgique, désobusage (200 000) opéré par la compagnie Clere & Schwander, spécialisée dans la récupération des métaux en forêt de Spincourt, à Museray, dans la Meuse, un lieu surnommé « Place à Gaz ». L’association Robin des Bois en signale au moins une autre dans les Deux-Sèvres et répertorie toutes ces découvertes, de la plus petite quantité aux plus nombreuses, ici : .


Crédit photos : SdN 72, portrait d’Isabelle Masson-Loodts au micro : Catherine Fumé (cliquer sur les photos pour une meilleure définition et les agrandir). Visuel : Atomik Tour. Affiche de la production. Ci-dessous, photo de Catherine Fumé.