Réunion interdépartementale de l’AVEN, le 9 mars, à Sablé


Samedi 9 mars 2019 — Sablé-sur-Sarthe

Le samedi 9 mars 2019, l’AVEN Association des vétérans des essais nucléaire [1], a tenu sa réunion interdépartementale à Sablé-sur-Sarthe, au CFSR [2] Les Rives de Sarthe.

Son objectif annoncé était d’informer sur les procédures juridiques concernant les dossiers d’indemnisation présentés au Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (CIVEN), ainsi que de faire le point sur les conséquences de ces essais sur la descendance.

Nous n’y étions pas, mais nous nous autorisons néanmoins (faute de retour) ce commentaire.

Autant le dire et s’en réjouir — enfin — dernièrement, les choses ont bougrement été redéfinies. La clé, une inversion de paradigme qui change complètement et très concrètement la donne pour les victimes. Là ou l’article 4 de la loi Morin [3] du 5 janvier 2010 imposait au plaignant d’amener la preuve que sa ou ses maladies contractées étaient liées à l’un ou plusieurs des essais nucléaires français auxquels il avait été exposé, c’est dorénavant (depuis le décret de la loi de finances du 28 décembre 2018) à l’administration d’apporter cette preuve. Jusqu’à cette date et ce revirement obtenu par la pressante mobilisation des associations, le tour de passe-passe avait écarté 98 % des dossiers d’indemnisation présentés au CIVEN (cf. plus haut) mandaté par l’État pour évaluer les préjudices.

Seulement, même si le ciel semble enfin se dégager sur le sombre et long parcours des vétérans des essais nucléaires commis au Sahara et en Polynésie, souvent, il a encore loin de la coupe aux lèvres. À l’exemple du lourd contentieux entre Florence Bourel (Ouest-France du 19/3/19) présidente de l’AVEN 44, qui, au terme de dix-sept années d’expertises médicales et de recours juridiques (jusqu’à la Cour de cassation) avec la Sécurité sociale qui n’a cessé de revoir à la baisse son taux d’incapacité, lui réclame aujourd’hui 54 000 € d’indemnités trop perçues, c’est (très partiellement) là : . On le voit, le chemin peut-être encore long avant que « réparation » et « justice » — si tant est que ces choses fussent possibles — soient faites. Espérons que l’embellie de la preuve (cf. plus haut) ne sera pas que momentanée et que cette avancée satisfera leurs attentes immédiates et celles en demeures ! Mais, pour beaucoup, c’est hélas trop tard !

Sur ces très nombreuses personnes confrontées à l’abject et, l’indicible (on parle ici de l’impact sur la descendance évoquée dans notre chapô), on lira avec intérêt le témoignage et la détresse empêchée d’un « cobaye » sarthois, William David, de Poillé-sur-Vègre publié le 10 mars par Les Nouvelles de Sablé (et Le Maine Libre du 5 mars en version papier [réduit en version numérique]), c’est là : .

Michel Verger (originaire du Maine-et-Loire) était aussi de cette matinée. Il est le cofondateur de l’association AVEN, créée en 2001 avec l’écrivain Bruno Barillot, décédé en mars 2017. Il nous avait manqué une circonstance — locale — pour vous en parler, c’est en note [4].

Le site de l’ANVVEN, Association des vétérans et victimes des essais nucléaires, est ici : . Courriel : leroychristian2@wanadoo.fr — Contact : 02 33 31 82 08 et/ou 06 08 82 80 58. Celui de l’ANVVEN (national), est là : .


Il reste que ! La France — malgré les séquelles de maladies radio-induites et les ravages écologiques toujours identifiables — « simule » régulièrement des tirs nucléaires au Centre d’études scientifiques et techniques d’Aquitaine, au Barp en Gironde en violation du Traité de non proliifération nucléaire auquel elle a tardivement adhéré (en 1992, ce qui l’a dispensé de le ratifier). Qu’elle accumule et stock d’énormes quantités de plutonium au centre (dit) de « retraitement » de la Hague aussi inutiles que pernicieuses et dangereuses [5]. Qu’elle met au point et produit de nouvelles armes nucléaires à Valduc (à Salives exactement, dans le département Côte-d’Or), toujours plus « performantes » sous la Direction des applications militaires du Commissariat à l’énergie atomique (CEA). Qu’elle en teste au large de nos côtes (missile M51), à Biscarosse, Audierne… et à partir de ses sous marins. Qu’elle se refuse (et fait pression dans ce sens) à signer et à ratifier le Traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN adopté par l’Assemblée générale de l’ONU, le 7 juillet 2017) qui a valu le prix Nobel de la Paix pour son action à l’ICAN, Campagne internationale pour Abolir les armes nucléaires en 2017. Qu’enfin, elle n’entend pas changer sa stratégie dite de « dissuasion » et ses légitimations dérivées, en instrumentalisant et corrélant « culturellement » l’absence de guerre sur son sol (avec la construction Européenne) et au-delà, à la détention de ces armes monstrueusement, coûteuses, immorales et mortifères.


[1] Outre l’AVEN, l’association Moruroa e tatou, fondé en juillet 2001 (plus particulièrement polynésienne et de confession protestante) traite, elle aussi du sort et du suivi juridique et administratif des militaires, des anciens travailleurs des sites d’expérimentation nucléaires et de l’évolution sanitaire de la population périphérique.

[2] Centre de Formation Sportive Régional de Sablé-sur-Sarthe.

[3] Chaud partisan de la construction de nouveaux réacteurs nucléaire de type EPR sur sa région de Normandie qu’il dirige.

[4] Bruno Barillot a produit bon nombre de livres et documents mais aussi des articles dans notre revue nationale Sortir du Nucléaire, sur les conséquences des essais nucléaires, mais aussi sur l’armement puisqu’il était aussi cofondateur (en 1984) de l’Observatoire des armements, c’est là : . Notre revue (nationale) Sortir du nucléaire lui a rendu hommage, ici :  (p. 34).

[5] Insidieusement pérennisée jusqu’aux années 2040 dans le décret de Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) révélé en début d’année.


Cliquez sur les visuels pour les agrandir. Illustration : Patrick Dalaine (dessinateur de presse résidant en Sarthe, à découvrir sur Facebook). Poster : repris de site gratuit : http://int.nonukeart.org.


Addendum Marcel-Pierre Cléach, qui fût : maire de Lombron, conseiller général, vice président du département, sénateur réélu de la Sarthe… (peu de temps après son élection en 1995, Chirac, son mentor, relance pas moins de six essais nucléaires), tour à tour : au RPR, à l’UMP et sans doute LR… est décédé le 18 mars 2019. Nucléocrate avéré, il était aussi membre titulaire de la Commission consultative de suivi des conséquences des essais nucléaires (2011 à 2014) et du Comité d’orientation des recherches de l’institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (sur lui, consultez notre précédant article, ici : ).