Un demi-siècle de nucléaire à Saint-Laurent-les-Eaux, à deux pas de chez vous…


Cinquante ans de nucléaire  Saint-Laurent-les-Eaux 

 

Le nom du patelin est le fruit de la fusion de deux communes remontant à 1971 et, parfois d’une confusion. Saint-Laurent-Nouan est la contraction des communes de Saint-Laurent-des-Eaux et Nouan-sur-Loire. Située en bord de Loire (rive gauche), le liquide de refroidissement des réacteurs, vous le devinez, c’est… la Loire (1), quand elle n’est pas gelée (2). Sur son cour, difficile de ne pas faire avec des villes moyennes à proximité. Là, c’est Orléans (32 km en amont),  Blois (26 km en aval). Et nous, de l’épicentre de la Sarthe à ces deux tranches nucléaires encore en activité, c’est 108 km en distance orthodromique (à vol d’oiseau). Tchernobyl, c’est 2173 km, Fukushima, 10 000 et des brouettes. On le sait, quand le nucléaire se lâche, tout le monde est arrosé à plus ou moins long terme, selon la nature du dysfonctionnement (euphémisme), les enchaînements naturels et/ou artificiels, l’orientation des vents… Plus ou moins, certes, mais la proximité est un facteur aggravant.

Cette centrale comprend deux réacteurs à fission nucléaire à eau pressurisée (REP, ou PWR pour pressurized water reactor en anglais), B1 et B2, qui sont en fonctionnement commercial depuis août 1983. Ils ont une puissance unitaire de 915 MW. Ils fonctionnent avec du Mélange d’OXydes, un combustible plus connu sous le nom de MOX (7 à 8 % de plutonium, plus de l’uranium appauvri).

Le site éberge également deux anciens réacteurs nucléaires A1 et  A2 (de 480 MWe et 515 MWe) de la filière graphite-gaz (UNGG) en phase de déconstruction et deux silos d’entreposage associés. Ces deux réacteurs avaient été respectivement mis en service en 1969 et 1971, ils ont été arrêtés en 1989 et 1992. Mais, la déconstruction est un art difficile, loin d’être maîtrisé et loin d’être achevé.

En France, c’est à Saint-Laurent-Nouan, sur ces deux anciens réacteurs, que se sont produit, le 17 octobre 1969 et le 13 mars 1980, les deux accidents les plus graves du pays, classés au niveau 4 sur l’échelle INES, qui en compte sept. Pour le premier, une mauvaise manipulation lors du chargement du réacteur numéro 1, avait entrainé la fusion de 50 kg d’uranium. Pour le second,  » seulement  » 20 kg d’uranium serait-on tenté de dire, étaient entrés en fusion dans la tranche n° 2, mais, beaucoup plus radioactifs pour avoir séjourné prés de deux ans dans le réacteur. Ayant atteint son quota de rejet annuel autorisé sept moins plus tard, la centrale s’était exceptionnellement autorisée à des rejets supplémentaires. Aujourd’hui encore on retrouve toutes sorte de radionucléides dans la zone, et en aval de la Loire… ou l’on a autorisé en 2013-2014, la construction d’une nouvelle école, à 1,8 km (3) de la centrale (l’école en question, au premier plan, photo ci-dessus).

Environ 780 personnes travaillent à la centrale de Saint-Laurent-Nouan.


(1) La centrale de Saint-Laurent-Nouan a été construite à moins 0,55 m du niveau de crue millénale « estimé » (comme, peu ou prou, 28 autres réacteurs en France). 

(2) Le 12 janvier 1987 la Loire est en partie gelée. La glace obstrue les prises d’eau du réacteur A1 empêchant son refroidissement. Cata ! Les diesels de secours ne fonctionnent pas. L’installation est alors raccordée à la centrale thermique de Cordemais (Nantes), jusqu’à l’effondrement du réseau. Fort opportunément, entre temps, une équipe était parvenue à remettre les diesels en service. L’armée libèrera ensuite les prises d’eau gelées, à l’explosif.

(3) Sur la photo, au premier plan, un groupe scolaire flambant neuf, sur la commune d’Avaray, ouvert à la rentrée 2014, constuit à l’intérieur du périmètre de la zone de dangers immédiats de la centrale, d’un rayon de deux kilomètres, avec l’aval du préfet, contrevenant en celà, à la circulaire Borloo, du 17/2/2010. Alors même, qu’en fonctionnement normale les centrales sont autorisées à rejeter certains radionucléides et qu’un laboratoire de recherche à retrouvé du plutonium en aval de la Loire, relicat des susdits accidents. Une manifestation silencieuse, combinaisons blanches et tout le toutim, avait évidemment été organisée le 19/9/2014, jour de l’inauguration.


Crédits photos : Jean Coly (eci-dessus) et Claude Déron (ci-dessous).

centrale-st-laurent-nouan + école au 1er plan