Le Chanvre… gaulo-sarthois


14 septembre 2012  Le Saosnois, le Belinois, le Nord manceau, etc.

SDN 72 milite pour la sobriété énergétique et en priorité l’isolation des bâtiments. Une préoccupation qui prévaut aujourd’hui, ce qui n’a pas été le cas ces dernières décennies tant on voulait vendre du kilowatt/heure. Pour le plus grand nombre, par souci d’économie financière et énergétique, voire parce qu’il crée des emplois. Pour les autres, parce qu’il représente un… j’hésite entre fabuleux et juteux marché.

Aujourd’hui, ledit marché offre un vaste éventail de possibilités d’isolation thermique : paille, laine de roche, bois… Le chanvre, une ancienne production locale, est aussi de celle-là.

four-20a-cc-80-20chanvreIl subsiste d’innombrables vestiges de la culture de cette plante dans notre département, la Sarthe, que la fin du XXe siècle a oubliée alors qu’il en a été un des plus gros producteurs. Notamment, les fours dédiés, autour de cinq cents dans le département (toujours à distance respectable des fermes, à cause des incendies), des cales (routoirs) aménagées pour le rouissage (immersion et macération qui, de mémoire d’ancien, empestait et polluait les cours d’eau), son musée à Saint-Rémy-du-Val, les caves de la ville basse de Mamers où on le tissait (à l’image de l’étamine tissée dans le quartier Saint-Pavin, au Mans), l’ancienne guinguette Fifine (quartier de la Madeleine, au Mans) qui a aussi sa rue de l’Abord-au-Chanvre et le métier à tisser le chanvre exposé au musée de la Reine Bérengère, etc. Pour ma part, je me souviens de wagonnets sur rails dans le champ du « père Cherreau », descendant vers la Sarthe, à Souillé. C’est son père, Théophile, dit « Maître Cherreau » qui avait organisé un rouissage collectif (il louait aussi son four). Il était un fieffé partisan du mouvement coopératif en agriculture et fut vice-président de la chambre d’agriculture et trésorier du syndicat des agriculteurs de la Sarthe. Par contre, de la filature Bary-Janvier, du Mans, une des plus grande de France qui tissait le fil de chanvre sur des métiers manuels puis mécaniques, il ne subsiste plus que le patronyme du patron qui à donné son nom à la résidence Bary.

Four à chanvre de Souillé (Cherreau)La filasse du chanvre a longtemps été utilisée en corderie (à Champagné en d’autres temps, ou visitable aujourd’hui à… Rochefort et occasionnellement dans des fêtes rurales sarthoises), voilerie, toilerie (tois filatures à Champagné, au Mans, supra  et Yvré-l’Evêque), et même papeterie (billets de banque, papier à cigarettes). Aujourd’hui, le chanvre s’invite dans l’automobile et le bâtiment en diverses déclinaisons : plastique renforcé, laine isolante, chènevotte en vrac, et même associé à la chaux (pub : Chanvribloc) ou en béton de chanvre. Ce matériau à l’avantage d’être très léger (plus encore que le béton cellulaire) et d’être aussi un très bon isolant thermique et phonique. Outre ses fibres, l’écorce (chènevotte) s’utilise en paillage pour l’horticulture ou litières d’animaux, mais aussi ses graines — chènevis — en font d’autres dérivés industriels (huile, farine, muesli, pêche). Les résidus sont même réutilisables en compostage et pour la méthanisation. Cerise sur le gâteau, les agriculteurs le redécouvrent en l’utilisant en assolement.

Mais ce chanvre, Canabis sativa, est pauvre en THC, la molécule Delta-9-tétra-hydrocannabinol, à la différence de Canabis sativaI indica. Les amateurs d’effets psychotropes en seront pour leur compte. Les principes actifs de la molécule de la variété indienne sont aussi utilisées dans diverses thérapies. 

rouleau-de-chanvre

parpaing de chanvreLes nouveaux dérivés dédiés au bâtiment (surtout dans l’isolation) et l’immense marché qu’ils représentent semblent annoncer un renouveau de la filière. Les réunions et les communications s’enchaînent. A la mi-septembre 2012, à Saint-Pierre-du-Lorouër (c’est là : ), le conseil de développement du Pays Vallée du Loir proposait une conférence-débat avec des agriculteurs bretons et ligériens ayant choisi cette production. Son thème : le chanvre peut-il être une production d’avenir pour nos territoires ? Exposition, démonstration, tables rondes et visite d’une maison en chanvre complétaient le week-end. Idem au Mans (31 janvier 2013). La filière est bien en quête de producteurs et de surfaces. De 50 à 100 hectares devaient être ensemencés en chanvre en 2012 sur les terres sarthoises, contre1 600 en 1959, déjà en pleine période de déclin. Mais le retour se fait surtout en Basse-Normandie. Sur l’ensemble de la région des Pays de la Loire, 1 200 hectares. En 2013,  la députée PS de la 1re circonscription, Françoise Dubois, a attribué 5 000 € (sur une moyenne de 130 000 € attribués à chaque parlementaire) de la réserve parlementaire pour les producteurs de chanvre de la Sarthe. Et la profession a toujours sa Fédération nationale des producteurs de chanvre (FNPC), sise au Mans, 2 rue Paul-Ligneul.

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Chanvre mâleDes agriculteurs redécouvrent d’anciennes fibres, le lin par exemple, et en découvrent de nouvelles. Le miscanthus est de celles-là (un exemple à Marolles-les-Braults). C’est une graminée tropicale cousine du bambou (connue sous le nom d’herbe aux éléphants) mais qui s’acclimate sans difficulté au climat océanique. La paille servira, au choix, de litière ou de chauffage par chaudière. Attention toutefois à ne pas verser dans certaines aberrations comme celle des agrocarburants !

Retour au chanvre. Quelques artisans de notre département proposent aujourd’hui ce matériau aux donneurs d’ordres.

La revue du Réseau Sortir du Nucléaire à consacré un article à l’isolation en brique de chanvre dans son n° 63 (pages 32/33), c’est là : .


Un livre incontournable : Le chanvre en Sarthe, de Serge Bertin et six coauteurs membres de l’association Guides habitants – Les amis de Louis Simon, aux Éditions Alan Sutton.


Le musée du chanvre et de la ruralité, à Saint-Rémy-du-Val (où le chanvre est encore cultivé). Contact : 02 43 97 75 06. Ouvert le samedi et le dimanche plus jours ferriés d’avril à octobre, de 10 à 18 h.


La culture du chanvre déborde évidemment les limites de notre département. Montjean-sur-Loire (Maine-et-Loire) propose chaque année son « Festival de fibres en musique » l’avant-dernier week-end d’août. Toutes sortes de fibres végétales donc, mais le chanvre, qui a longtemps été la troisième activité économique de ce port de la Loire, après la chaux et le charbon, y tient une très large place.


Réminiscence de cette époque, la corderie mayennaise Lancelin, d’Ernée, tisse et torsade chaque année 30 000 km de c… (oups ! ça porte malheur) « bouts » en fibres synthétiques, dont 60 % destinés au nautisme.


Crédit photos : SDN 72, fours à chanvre de Coulaines et Souillé (Maître Cherreau), rouleau isolant et parpaing de chanvre, pied de chanvre mâle, botte de chanvre avant rouissage, une des parcelles expérimentales du FNPC (supra) en Sarthe.

Champ de chanvre expérimentale FNPC