Manif contre l’arsenal répressif produit chez Alsetex à Précigné


Mardi 17 avril 2018 – Précigné

De Sivens (2014) à NDDL (2012 et 2018), en passant par Nantes (février 2014), les forces de répression, CRS, gardes mobiles, suréquipés de blindés, canon à eau, gaz et engins en tous genres, dotés d’un arsenal répressif — voire létal — sophistiqué et machiavélique, sont omniprésents contre tous les mouvements sociaux, environnementalistes… Quand ils ne sont pas relayés par des milices privées et/ou fascistes (universités, col de l’Échelle).

Le mouvement antinucléaire n’est évidemment pas épargné : démesure de forces répressive à Colmar en 2009,  Chinon en avril 2014 (manif dites FuKuChiNON, c’est là : ). On le sentait venir, le tour de Bure est bien advenu en  juillet-août 2017 et en février avec l’évacuation violente du bois Le Jus et ne s’arrêtera probablement pas là. N’en déplaise à M. Hulot qui souhaite à nouveau engluer le mouvement dans une nouvelle diversion « consultative ».

Plus de soixante-dix militant·e·s ont manifesté mardi 17 avril devant l’usine Alsetex [1] de Précigné (72) pour une gestion post-aéroport sereine de NDDL [2], débarrassée d’une répression farouche et disproportionnée à l’œuvre durant une bonne semaine dans le fabuleux bocage. Et requérir le temps de la réflexion et de la négociation. À 180 ° de la comminatoire et martiale posture politique d’Emmanuel Macron, soufflant le chaud et le froid, juste préoccupé d’asseoir une autorité dont ses prédécesseurs se seraient défaussés pendant la durée de leur mandat. Dommage qu’après son abandon courageux du transfert, il se soit cru obligé de rassurer les élu.e.s locaux et les partisans du transfert sur sa volonté de rétablir un État de droit, quitte à le faire brutalement. 

L’initiative de ce rassemblement revient aux trois collectifs de soutien à NDDL. Ceux de la Sarthe, du Maine-et-Loire et de la Mayenne, et relayée dans un temps (trop) court sur des listes périphériques (dont celle de SdN 72) et les réseaux sociaux. Le cortège a sereinement pérégriné du lieu de rendez-vous devant l’usine STS à Précigné jusqu’au seuil d’Alsetex où ont été déposées quelques-unes des 7 700 «pièces à convictions» : lacrymogènes, grenades de désencerlement et assourdissantes, flashball, pilonnées plus d’une semaine durant à NDDL, ramassées sur des lieux d’échauffourées et collationnées à toutes fins utiles. Dont celle-ci (photos) ! Rien de tel cependant à Précigné. Les fouleurs du goudron malpairien, eux, ont tonné de slogans potagers plus apaisés : « Des salades, pas des grenades », « Des poireaux, pas d’lacrymo », etc. ! 

Alors, pourquoi Alsetex ? Pour les plus âgés et le bassin d’emplois qu’elle irrigue, l’octogénaire « ALSacienne d’ETudes et d’EXplosifs est plus connue sous le nom de Malpaire [3]. Délocalisée depuis longtemps, elle a forcément contribué à l’effort de guerre (pour la France puis l’Allemagne sous l’Occupation) et bien au-delà, puis pour le maintien de l’ordre (cf. plus bas) et la sécurité civile (produits de déclenchement d’avalanches, signalisation et signaux de détresse, divers fumigènes).

Beaucoup des produits de l’arsenal destiné au maintien de l’ordre sont effectivement estampillés made in Précigné : munitions de lacrymogènes, grenades à fragmentation, défensives, de désencerclement, assourdissantes, offensives, dispositifs balistiques de dispersion [4]… Nous vous avions déjà parlé de la maléfique activité d’Alsetex ici : . Et son marché ne se limite pas à la France ni aux pays dits démocratiques.

Rémi Fraisse, à Sivens, et bien d’autres ailleurs — trop — ont hélas été les victimes de ses engins mortifères. Pour autant, en début d’année (le 9 janvier), la Justice a quand même délivré une ordonnance de non-lieu au gendarme responsable du tir de grenade offensive qui avait entraîné sa mort ! 

Alsetex n’est cependant pas la seule ! L’entreprise de poudrerie Nobel Sport, à Pont-de-Buis (29), outre des armes et munitions de chasse, fabrique également les grenades assourdissantes et les munitions pour flashball. Cette dernière avait également été visée par une série de manifestations les 23, 24 et 25 octobre 2015, rappelant la mort de Rémi Fraisse un an auparavant et, dernièrement, le 10 avril 2018, une semaine avant Alsetex, sur les mêmes objectifs.

Sans que les susdites armes soient forcément toujours en cause, le site Bastamag tient à jour une base de données inédite, collectant les informations sur près d’un demi-siècle de violences policières et/ou des forces de maintien de l’ordre en général. Impressionnant ! C’est là : « Nos ennemis peuvent couper toutes les fleurs, mais ils ne seront jamais maîtres du printemps » (Pablo Neruda).

Perdre sa vie à la gagner est une vaine chose, gagner sa vie au péril de celle des autres, une bien vilaine chose. Changeons les choses !


[1] Entreprise classée AS SEVESO SEUIL HAUT ! Une voisine, l’entreprise d’irradiation de Sablé-sur-Sarthe — Ionisos —, est elle aussi classée à « risques industriel majeur » mais en « site particulier non Seveso ». Ils sont de trois ordres : fuite, exposition, radiation. Exit les risques accidentels ou malveillants liés au transport de cobalt ou sur l’installation.

[2] Pour une poursuite collective du mouvement et une reconnaissance des projets agricoles — ou pas — individuels et collectifs.

[3] Malpaire ou la mémoire impossible (1999). C’est aussi un beau texte de Jean-Pierre Tétart (décédé en juin 2014), publié aux Éditions Cénomanes, interprété par Didier Bardoux, qui relate l’histoire de son père qui y travaillait.

[4] Pour être — l’historique — société locale de production d’engins de répression, Alsetex n’est pour autant pas la seule entreprise sarthoise a avoir sévi sur ce créneau. Hier, la société « Les Isolants Français » (LIF) de Sougé-le-Ganelon a elle aussi produit et fourni les « cognes » en matraques. Le site héberge désormais la Société Hutchinson, spécialiste de l’étanchéité automobile.


Crédit photos : Collectif NDDL 72 et SdN 72.

Addendum (du 2/5/2018) : Depuis, l’évaluation quantitative (11 000 projectiles) mais aussi « qualitative » a été méthodologiquement réestimée et renseignée par les habitants de feu l’espace aéroportuaire. La facture des deux entreprises françaises SAE Alsetex et Nobel Sport y est bien mise en évidence. Pour plus de renseignements, consulter utilement l’article de Reporterre, ici : .