Ludwig Von 88 : album Hiroshima, c’est d’la bombe !


Janvier 2018 – Sarthe…

A la différence de Nuclear Divice [1], notre aversion n’est pas inscrite dans le nom de scène de ce groupe. Mais les Ludwig Von 88 — trio punk-rock alterno de l’époque d’après — ont pas moins de six titres à leur répertoire carbonisant l’arme atomique !  Les « vieux jetons » se souviendront. Quant aux « nombrils à peine sec », ils peuvent à nouveau les découvrir sur scène (pour quelque temps seulement), sinon, sur un support de leur choix.

Nous, nous vous conseillons formellement la réédition de l’album Hiroshima, et, pour les accros, la dizaine d’autres, eux aussi réédités en 2016 [2].

Ludwig Von 88 et Charlu

Ludwig Von 88 s’est formé vers 1983 à l’initiative de deux transfuges des Berurier Noir. Ils vont tourner à quatre, avec deux chanteurs et deux guitares (plus une basse), sans batteur, supplanté par une boîte à rythmes, puis à trois musiciens avec un répertoire corrosif (en français, et principalement Karim à la composition) oscillant du loufoque au tragique [3], avec désinvolture et irrévérence et une franche impertinence. Sur scène, Ludwig ne dédaignait pas la fantaisie, grimés avec postiches, et son public, de pogoter inlassablement.

Formé par Laurent Manet et Olivier, le combo a connu pas mal de mouvements internes. C’est finalement le bassiste manceau Charlu (Ombre) [4], rescapé des Nuclear Device — explosé en 1989 — qui rejoindra l’équipe en dernier pour la décennie 1990-2000. C’est sans doute LA raison de leurs fréquentes prestations en Sarthe et de la popularité de ce groupe sur la place du Mans et à travers le département.

Le groupe va « buguer » vers 2000, fort d’une discographie longue comme ça (dix albums, à consulter sur le web).

Hiroshima

Pour notre « boutique » — antinucléaire — nous n’en retiendrons qu’un. En 1995, année du cinquantenaire d’Hiroshima [5] et de l’inepte et inutile relance des essais nucléaires français par Chirac peu après son élection, le trio va graver un mini-album de six titres, plombant !  La chronologie froide et cynique de la préparation, de l’ingénierie, du flash funèbre et les ravages radiologiques collatéraux de la bombe. À l’heure des infantiles rodomontades entre Kim et Trump et de leurs dérives psychologiques présumées, il n’est pas vain de revenir sur cette sombre histoire de l’humanité.

Les titres, épisodes musicaux de l’album Hiroshima, empruntent la chronologie de cette tragédie : 1/ Manhattan (nom de code du projet de recherche de la première bombe atomique durant la Seconde Guerre mondiale) ; 2/ Enola Gay (nom du bombardier B-29 [américain] qui a largué la première bombe A sur Hiroshima) ; 3/ Hiroshima (première ville [japonaise] ravagée par une arme nucléaire, le 6 août 1945) ; 4/ Little Boy (« Petit garçon », nom de code de la bombe A larguée sur Hiroshima) ; 5/ Fire (feu, faire feu, boule de feu…) ; 6/ Hibakusha (survivants de la bombe considérés souvent comme des pestiférés par leur concitoyens).

Cet album (et les dix autres) a été réédité en 2016. Il est disponible en CD (10 €) ou vinyle avec livret de 12 pages [re : 2]. Sinon, nous vous conseillons évidemment d’acheter cette compilation chez votre disquaire préféré (s’il en reste !). Pour les fauchés et en avoir un avant-goût, c’est là : (les six titres y sont, en audio seulement). Retrouvez les paroles de ces six morceaux (et les autres), ici : (sélectionnez ensuite les titres).

Ludwig, le retour

Dix-sept ans plus tard, le groupe s’est reformé (en 2016), avec un premier concert le 18 juin au Hellfest, désormais stabilisé à Clisson après être passé en 2004 et 2005 au Mans [6]. La tournée a bien entendu croisé Le Mans pour le festival Be bop, au forum (à côté du parc des expositions) le 11 novembre 2016.

Ludwig aujourd’hui ?  Compulsez la petite vidéo de 18 minutes pour une mise en bouche intitulée Ludwig Von 88, derniers concerts avant l’apocalypse, et éventuellement y découvrir une révélation sur l’intrigant « 88 » (cf. Wikipédia), c’est là : .

Vu et lu dans la revue

La revue Sortir du Nucléaire, du Réseau éponyme (auquel SdN 72 adhère) a consacré un article de présentation de cet album dans son n° 76 (hiver 2018). Sa lecture nous a inspiré cette chronique relocalisée. On vous la livre avant qu’elle ne soit sur le site web national (dans au moins trois mois). Merci à Benoît Skubich, son auteur. On vous l’accorde, c’est un peu redondant.

« Ludwig von 88 : ce nom de groupe a des chances de vous rappeler l’époque du rock alternatif français des années 80, qui aura vu l’avènement des Berurier Noir notamment, avec qui les Ludwig ont pas mal bourlingué. Suite à une longues absence (près de 20 ans), le groupe a décidé de se reformer en 2016 pour reprendre la scène et au passage rééditer leurs anciens disques. Si ce groupe de punk-boîte à rythmes s’est fait connaître par son côté dérision et provoc’, il a aussi parfois abordé au cours de sa carrière des sujets plus sérieux. C’est le cas avec ce 6 titres qui se focalise sur l’histoire du bombardement atomique d’Hiroshima, sorti à l’occasion du cinquantenaire de la catastrophe en 1995.

Ce disque explore les horribles facettes de l’arme atomique en revenant sur toutes les étapes, de la conception de la bombe au martyr des milliers de survivants irradiés. Accompagné d’un livret de 12 pages (pour la version vinyle), il relaie aussi des témoignages poignants. Sorti l’année même ou Jacques Chirac décidait de relancer une campagne d’essais nucléaires dans le Pacifique, Hiroshima aura en tout cas le mérite d’avoir marqué l’adolescent que j’étais et m’a donné la conviction qu’il faut tout faire pour abolir ces armes d’apocalypse. Un documentaire en chanson, véritable film audio qui décrit l’horreur de la bombe, initiative rare dans l’histoire de la musique… »

                                                                                                                                       Benoît Skubich


[1] Dit aussi ND. Nous avons consacré un papier un peu foutraque (désolé pour eux, le livre qui leur est consacré n’était pas encore sorti) à ce groupe punk-rock-reggae alternatif du Mans, ici : .

[2] Chez Archives de la zone mondiale, réédition du disque sorti en 1995 (pour la 50e célébration du cataclysme nucléaire), version vinyle ou CD, à commander chez votre disquaire préféré·e (s’il en reste un·e près de chez vous) ou sur internet, ici par exemple : .

[3] Quelques titres hétéroclites : Louison Bobet for Ever, Le Manège enchanté, Nous sommes des babas, Les Iroquois à cheveux verts (ironie sur leur propre mouvance) ; aux sujets plus scabreux : les six titres sur Hiroshima bien sûr, Libanais raides

[4] Aujourd’hui : Kiladikilé.

[5] Au Japon, trois jours plus tard, ne l’oublions pas, ce sera Nagasaki (une bombe H cette fois). Pour autant, notre compassion n’efface pas les exactions des armées japonaises lors de la Seconde Guerre mondiale.

[6] Festival de métal organisé en 2004 et 2005 au Mans au parc des expositions, sous l’ancien nom Furyfest.


Reproduction de la pochette du CD et du vinyle : capture d’écran sur  le web.

 

Addendum (avril 2018).  Dans son n° 77 (printemps 2018), la revue Sortir du nucléaire consacre sa 3è de couverture à Karim, chanteur et parolier de cet album . Une page entière de propos recueillis par Jocelyn Peyret qui complètent notre article ci-dessus et le précédant de la dite revue. L’article est là :  .