Bientôt cinq référentiels tournicotant [1] dans le ciel de René et Thoiré-sous-Contensor


Lundi 30 octobre 2017 – René et Thoiré-sous-Contensor

Les EnR (énergies renouvelables) se hâtent — lentement — en Sarthe, qui demeure le département le moins bien loti des Pays de la Loire en éolien, malgré une (trop) lente montée en régime sur le territoire national. Sur la balance énergétique, le fléau du nucléaire, lui, pèse toujours autant !

Contexte

Alors que le chantier de terrassement pour l’installation de quatre éoliennes à Lavernat est désormais achevé (le projet est là : ), cette première tranche de travaux du parc éolien « Les Vents de Nord-Sarthe » vient de commencer dans le Contensor (72). À savoir : l’aménagement et la consolidation des voies d’accès, les plates-formes et les excavations devant accueillir les fondations (cf. photos) de cinq aérogénérateurs prévus sur les communes de René et Thoiré-sous-Contensor. Le ferraillage du socle, le coulage des radiers et leur séchage suivront. À l’ouvrage, l’entreprise Triffault, de Marollles-les-Braults.

Mais les vents soufflent aussi à rebours dans cette même région du nord de la Sarthe. Dernièrement, le vendredi 20 octobre, la cour d’appel de Nantes a confirmé le jugement de première instance invalidant les permis de construire des six éoliennes de Béthon, Champfleur et Cherisay octroyés en septembre 2011. Nous vous en avions parlé ici : . Sauf pourvoi du porteur de projet devant le Conseil d’État, ce parc pourrait bien ne pas voir le jour.

Le parc de Jauzé-Saint-Aignan, dernièrement en consultation publique, est lui aussi sérieusement chahuté par les opposant.e.s [2]. Celui des Mées est aussi en attente d’un recours juridique. Autant de déconvenues locales qui obèrent l’une des promesses de campagne d’Emmanuel Macron visant à « doubler la capacité en éolien et en solaire photovoltaïque d’ici à 2022 ».

A contrario cependant, le parc de Saint-Longis, victime lui aussi en son temps de susdits recours, pourrait resurgir de ses cendres.

Côté industrie, Francéole, l’unique producteur de mâts en acier de l’Hexagone (sur la majorité des espars, peu sont en béton), basé au Creusot (Saône-et-Loire) et Longvic (Côte-d’Or), était en redressement judiciaire au début août de cette année. Siemens a absorbé Gamesa (cf. plus loin) — à qui Areva avait cédé sa participation dans Aldwen, une coentreprise sur l’éolien en mer, au nez et à la barbe de General Electric, fossoyeuse de GE Hydro de Grenoble (turbines hydroélectriques, victime d’un « recentrage d’activité ») et en pleine dégringolade boursière — qui s’y intéressait aussi, après l’absorption d’Alstom. Stop ! j’ai le tournis, et l’éolien n’y est pour rien, le business pour tout !

Genèse du projet « Les Vents du Nord-Sarthe »

À l’initiative du projet d’aéroculture de René-Thoiré, la société KDE Energy (siège social basé à Lézennes, 59). Elle en avait lancé les principes à l’automne 2005 pour le compte de la SAS « Les Vents du Nord-Sarthe ». Les municipalités des deux communes concernées et trois autres de la périphérie, Les Mées, Grandchamp et Thoigné, en avaient délibérées au premier semestre 2006. Le projet sera repris en avril 2014 par ABO Wind France (domiciliée à Toulouse, 31) et redimensionné. Nouveau projet que la préfecture a estimé recevable pour une consultation publique, le 15/6/2015. La commission d’enquête s‘est déroulée du 5 octobre 2015 au 9 novembre 2015 inclus. Le commissaire-enquêteur titulaire, M Gérard Chartier, remettra un avis favorable dans son procès verbal de synthèse le 18 novembre 2015, assorti de deux réserves principales sur une fenêtre de bruit de 20 heures à 22 heures et sur la hauteur de la nacelle d’une des éoliennes visible du parvis de l’église de René. La préfecture a néanmoins accordé le permis de construire.

Mesures réparatrices ! Le bridage des machines est envisagé pour cette tranche horaire en limite d’émergence des valeurs réglementaires. Un suivi de mortalité des chiroptères sur les générateurs E1 et E4 (proches du bois) pourrait induire un bridage ajusté pour certaines périodes de vol pouvant aller jusqu’à l’arrêt des machines. Certaines habitations en co-visibilité bénéficieront d’écrans reboisés. En fin d’exploitation, les installations de production seront démantelées, les chemins et les radiers excavés (sur 1,20 mètre de profondeur) et revégétalisés par l’exploitant. À défaut (faillite, décès…), c’est le préfet qui y procédera avec la garantie financière de remise en état de 50 000 € par éolienne, (réévaluée chaque année) provisionnée à la mise en service du parc éolien. Ce sont de bonnes dispositions, reste que la meilleure garantie dans le temps sera la vigilance citoyenne et la mobilisation associative pour les faire respecter.

Pointage de jauge

Envisagé au départ à hauteur de dix turbines, le parc en accueillera finalement cinq. Trois (plus le poste de livraison) seront enchâssées sur le territoire de Thoiré-sous-Contensor (membre de la communauté de communes Haute Sarthe – Alpes Mancelles [3]) et deux sur René (membre de la communauté de communes Maine Saosnois [4]). Le parc s’étendra aux périphéries des villages et hameaux de Thoiré, Les Mées, René, Épierre, le Grand-Tertifume, Chérancé, Coudroux, Grandchamp et autres lieuxdits.

Du radier à l’arbre du rotor, le mât culminera à 100 mètres pour quatre des machines (une cinquième pourrait être plus basse). Les pales balayant un rayon de 48,50 mètres. Au point haut de leur rotation, les plus hautes crêteront donc à 148,50 mètres.

Avec ces machines, la fenêtre de vent exploitable va de 3 m/s (10,8 km/h) à — par sécurité — 25 m/s (89 km/h) et performante à 14 m/s (50 km/h), selon les maîtres d’ouvrage. La puissance globale escomptée est de 10 MW (2 MW par machine). De quoi alimenter plus de six mille foyers (grosso modo 13 800 personnes) hors chauffage et l’évitement de 6 600 tonnes de CO2, selon le développeur.

Le poste de livraison (reliant les cinq éoliennes) sera raccordé au poste source de Commerveil (à l’est) ou de Champfleur (au nord-ouest) appartenant au gestionnaire du réseau (ErDF-Enedis ou RTE) par des lignes enterrées. Les machines retenues seront de facture espagnoles. Enfin : germano-ibériques ! Des Gamesa (second turbinier européen, et 4e mondial dans le domaine de l’éolien terrestre, juste derrière le Chinois Goldwind, l’Américain GE et le Danois Vestas) [5]. Dans la gamme de ce constructeur, c’est le modèle G97 qui a été retenu, c’est là : .

Un autre monde est possible !

Le Contensor reste un magnifique pays, malgré et en dépit de l’anthropisation de ce territoire : ravages des remembrements appairés à une culture intensive, saignée de l’autoroute A 28… Un trio dévastateur de brise-vent, de haies, de la faune, de la flore, des paysages, de la biodiversité… autant de facteurs d’érosion et d’eutrophisation des sols. Certes, « L’état dégradé des paysages à la suite des remembrements ne doit pas être un argument pour l’accentuer » fait justement observer le commissaire-enquêteur dans son mémoire. On ne peut être que d’accord avec cet axiome. Il est effectivement urgentissime de prendre à bras-le-corps tous ces chantiers, de relocaliser les productions, dont l’énergie ! L’éolien n’en serait que mieux intégré. Et les pertes en ligne sur le réseau, effet contreproductif de l’outrancière centralisation de la production d’électricité (à dominante nucléaire) reconnu par le réseau de transport d’électricité, considérablement diminuées. RTE les a lui-même estimé à 12 TWh par an, l’équivalent de la production de deux réacteurs nucléaires !

Cependant, les investisseurs dans l’éolien ne sont pas plus philanthropes que ne le sont ceux du charbon, du pétrole, du nucléaire, de l’armement, de l’industrie pharmaceutique… Le développeur ABO Wind France ne fait d’ailleurs pas mystère de son intention de céder l’exploitation du parc à un tiers pour porter d’autre projets ailleurs dans son cœur de métier.

En Allemagne, 45 % de l’électricité renouvelable est produite par des installations publiques ou citoyennes. En France, ce phénomène n’existe qu’à la marge, 5 % selon l’Âge de Faire. Quelques exemples locaux : ferme solaire à Allonnes, portée par l’agglomération mancelle ; parc éolien à Bégannes (56), porté par des citoyens ; mixité, bien que modeste, à Piacé, Juillé, Vivoin, avec une once citoyenne ; pico-électricité à Vaas, portée par une association.

En Sarthe, le Collectif EnR 72 se propose d’amorcer localement un premier projet de taille mesurée 100 % citoyen en préalable à un projet de plus grande ampleur, c’est là : .

Discours légèrement disruptif ! Sauf exceptions, citoyens, nous le sommes tous bel et bien ! Reste que ce grand « tous » ne rime pas avec une équité de moyens. La notion a son alpha et son omega : des personnes en situation de précarité [6] à d’autres bénéficiant de ressources confortables à très confortables. Une véritable réappropriation sociale du marché de l’énergie et de sa distribution, de sa maintenance, reste un immense chantier à lui seul.

Bref point d’étape des EnR

Avec les lois — si peu ambitieuses — dites Grenelle 1 et 2, puis la loi de transition énergétique pour la croissance verte d’août 2015, la France s’est fixé un objectif de production d’énergies renouvelables à 18 % de la consommation globale d’électricité pour 2016, 23 % pour 2020, et 32 % pour 2030. En 2016, elle n’en était qu’à 15,7 %. Mais la part d’hydroélectricité incluse dans cette palette oscille entre 12 et 14 % selon les années et atteint quasiment le plafond des possibilités depuis des lustres, même s’il y a encore un peu  à gratter (ex : extension du stockage d’énergie par pompage turbinage STEP [7]). Sans doute, les nimbystes (pas dans mon jardin) d’aujourd’hui, pourfendeurs de l’éolien terrestre aussi bien qu’en mer (selon leur localisation), voire du solaire, oublient-ils vite les villages et vallées englouties il y à quelques décennies (sans parler de la rupture du barrage de Fréjus) et les innombrables riverains des mines (d’hier et d’aujourd’hui, ailleurs), centrales, stocks de déchets, arsenaux, bases navales et aériennes… nucléaires qui cohabitent au jour le jour avec ses menaçantes infrastructures.

En octobre 2016, la puissance du parc éolien en place atteignait à peine 11 670 MW [8], bien en deçà des (modestes) 19 000 MW visés pour 2020. Si les multiples recours dans l’éolien terrestre et le retard de l’éolien offshore, pour les mêmes raisons, y sont pour partie, le retard industriel, lui, est notoirement attribuable à la priorité faite au nucléaire.


Le Collectif contre les éoliennes des Mées et ses environs mène une lutte médiatique et judiciaire tenace contre toutes les installations environnantes, avec quelques réussites qui lui permet de gagner du temps, voire de l’argent (3 000 €) finançant d’autre recours… sans trop d’illusions quand même selon des propos de son président, Christian Salaun, rapportés dans la presse. Le premier objectif est d’abord d’invalider des projets mais aussi de gagner du temps en spéculant sur des changements législatifs, économiques et/ou politiques. Cependant, le groupe de pression gonfle, se ramifie et se structure. Il s’est constitué en Fédération Vent de Sarthe, présidée par Bernard Finet. Le couple de sociologues Pinçon-Charlot nous avaient prévenus ! Ici aussi, un châtelain, Emmanuel Guéroult, du haut du donjon de Ballon, est à la manœuvre ! Nous avons apprécié la roseraie de ce château (visitable lors de la Fête du patrimoine), mais nous ne lui reverserons pas notre écot pour une entrée avant longtemps !


Les halles (du XVIe siècle) et l’église de René sont classées et font l’objet d’une Aire de mise en valeur de l’architecture et du patrimoine. Depuis six ans, le village de René artistise avec la manifestation dite « les Pictoires de René » (contraction de picture et victoire) le premier dimanche d’octobre. Le bourg accueille une Semeuse en bronze et une œuvre de Jorge Castronovo (sculpteur portugais installé à Lucé-sous-Ballon) titrée « Big Bang » (offerte à la commune). Il travaille aussi sur une suite symbolisant l’oppression de la nature : « Requiem pour un arbre ». Nous n’en connaissons qu’un des éléments : « Jour de colère ». Oeuvres et titres, on aime tout !


[1] Allusion à de vrais et faux jargons en usage dans l’Éducation nationale, comme : référentiel bondissant (pour ballon), outil scripteur (pour stylo), etc.

[2] Collectif contre les éoliennes aux Mées et ses environs.

[3] Ancienne communauté de communes des Portes du Maine Normand.

[4] Ancienne communauté de communes du Pays Marollais.

[5] C’était avant ! En mars-avril 2017, Gamesa a été racheté par la division Wind Power de Siemens.

[6] Bénéficiant ou pas des dispositions sociales financées pas la CSPE pour payer le chauffage électrique dispendieux et d’origine nucléaire d’un appartement HLM.

[7] Hélas seulement au nombre de sept en France, en 2013, à Grand-Maison, Montezic, Revin, La Coche, Le Cheylas, Super-Bissorte et le Lac Noir. Elles totalisent une puissance de 4,9 GW en turbinage et 4,2 GW en pompage.

[8] Sources RTE, Réseau transport électricité.


Crédit photos : SdN 72. Illustration : posters du site gratuit : http://int.nonukeart.org.


Addendum. — Siemens s’est allié à Gamesa et Alstom pour former deux géants de l’éolien et du ferroviaire. Le 6 novembre dernier, le groupe Siemens-Gamesa (éoliennes) a révélé son intention de supprimer environ 6 000 emplois dans 24 pays.

Le 16 novembre, Siemens a alourdi l’addition de 6 900 nouveaux licenciements dans sa division Power and gaz à l’horizon 2020, bien que le groupe soit largement bénéficiaire (ce qui est loin d’être le cas de GE, cf. plus haut).