Bolivia Inti – Sud Soleil : fours, cuiseurs, séchoirs… Dominateur commun : le soleil


Depuis 1999 — Une dizaine d’années en Sarthe

Sans doute l’avez-vous croisé si vous déambulez de temps à autre dans les marchés bio, les expos sur les énergies renouvelables, les pays émergents… Son étal au sol est repérable bien au-delà d’un jet de pierre. Le clinquant de ses « show rooms » solaires attire forcément l’œil du chaland et s’il y a de quoi s’en mettre plein les mirettes, ce n’est pas pour vous en mettre plein la vue. Le verre miroir, l’aluminium poli, les calorifuges et quelques planches et tasseaux sont ses modestes matériaux de prédilection. Avec trois francs six sous et la passion dévorante, Yves Caillard, relais local de l’association Bolivia Inti – Sud Soleil [1] — et avec elle — « met en œuvre des solutions concrètes pour répondre à des problèmes de terrain », qu’on soit d’ici ou de là-bas.

Dans le texte que nous lui avons quémandé, il nous propose trois entrées possibles pour l’usage de solutions de cuissons solaires domestiques de facture artisanale (à fabriquer soi-même, sauf le cuiseur parabolique), pour soi, à destination des autres et de la planète. Pour des raisons immédiatement économiques, pour contenir le réchauffement climatique ou encore pour diminuer la dépendance électrique d’origine nucléaire, chacun le sien !

« La maison brûle (et nous regardons ailleurs) » [2] à chacun de faire sa part pour éteindre les incendies de tous ordres.

Par Yves Caillard

Chaque jour, agir un peu, ici et là-bas

Dans les Andes, la promotion des outils simples de la cuisson solaire a des impacts multiples : environnement, santé, économique, émancipation et partout les femmes disent leur bonheur d’avoir construit ce cuiseur solaire qui les aide tellement dans leur vie quotidienne.

En France, grâce à l’action de tous — bénévoles, salariés, don’acteurs, adhérents, volontaires, groupes relais —, le message « le soleil au service du développement » est de plus en plus connu et reconnu.

Ailleurs dans le monde, et majoritairement en Afrique, Bolivia Inti – Sud Soleil  [3] accompagne les porteurs de projet, conduit des missions d’expertise, crée des partenariats et réunit les conditions d’un déploiement des équipements d’une cuisson combinée (solaire, économe et écologique).

Ce qu’il se passe au bout du monde nous concerne, il est aussi important d’améliorer les conditions de vie des populations les plus pauvres que de lutter contre le réchauffement climatique : l’association Bolivia Inti – Sud Soleil agit dans ces deux domaines. En effet, l’utilisation des cuiseurs solaires et écologiques contribue également à la réduction des émissions de CO2 (1 tonne par an et par cuiseur selon le protocole international « Gold Standard » [4]).

Première histoire

Il y a seize ans, trois familles nantaises décidaient de créer une association pour promouvoir les outils solaires dans les pays pauvres en manque de combustible pour la cuisson de l’alimentation quotidienne. La ville de Nantes étant jumelée avec des villes d’Amérique du Sud où ce besoin est crucial, la Bolivie, le Pérou et l’Argentine furent une évidence. Dès lors, ce sont trente mille familles andines et africaines qui peuvent cuisiner sans risque de cancer et préserver l’environnement. L’exposition aux fumées toxiques et la corvée de bois ou bouses d’animaux mélangées aux matières plastiques récupérées sont supprimées.

Les équipes andines formées localement depuis plus de dix ans sont maintenant autonomes et construisent plus de mille fours par an.

Les fours solaires, les séchoirs à fruits, les poêles à petit bois et brindilles, la marmite norvégienne, la parabole solaire apportent une réelle autonomie aux femmes et aux enfants et un droit fondamental de survie.

Les dons servent en plus en 2017 à l’entrepreneuriat féminin au Bénin, au Maroc en Guinée avec de nouveaux partenaires….

Deuxième histoire
Je suis sarthois et angevin d’origine et utilise depuis treize ans les outils solaires neuf mois de l’année dans mon jardin. Fin juillet 2007, la récolte de prunes est abondante (30 kg), et malgré le partage, il m’en reste encore trop en confitures cuites sur la parabole solaire. Je stérilise donc 27 bocaux au four solaire par groupe de 9 bocaux en trois heures. Les années à suivre, il y aura à stériliser des cerises, des coings, des poires, et en 2016 (excédent de courgettes), des bocaux de ratatouille. Cette année chaude 2017, je démarre déjà en juin le séchage du tilleul, mes briques de papier recyclé pour démarrer mon poêle de masse cet hiver en combustion inversée sur mon séchoir à fruits. J’ai réalisé une claie plus haute pour accélérer la levée de mes plants de cucurbitacées en une semaine (chaleur constante 48° + humidité). Sur la parabole solaire, je cuis le blé pour les poules et produis trois litres d’eau chaude toutes les vingt minutes pour désherber la cour. S’il pleut, j’utilise mon « rock stone » (poêle à bois économe) avec son four qui se monte dessus pour cuire tarte, pain, plat mijoté. Je peux tenir l’ensemble chaud et cuit dans ma marmite norvégienne plusieurs heures suivant l’horaire du rayonnement solaire et l’heure de repas décalés.

À nos outils solaires ! pour s’amuser, retrouver sa créativité, son autonomie en cas de coupure d’électricité… et rejoindre en pensée ce milliard d’habitants qui n’a plus de bois de chauffe. Nous, Européens, avons nos responsabilités dans ce grand désordre géopolitique ; nos lignées ont raté les colonisations et réalisées de l’ego logique. À nous, dans le rapport Nord-Sud, d’agir avec plus d’humilité et de compassion.


À deux ou trois reprises, ici ou là, nous avons déjà évoqué l’association Bolivia Inti et/ou son infatigable VRP local. La dernière fois (le 10/6/2017), à la suite des Biotonomes de la Biocoop 33 de Sablé-sur-Sarthe qui nous avait invités, c’est là : . En 2015, à la suite du marché bio de Malicorne (le 30/8/2015), c’est ici : . Et, très marginalement, sur le même marché l’année précédente, c’est encore là : .


Un retraité fléchois, Yves Schoefs, s’adonne également à cette passion des instruments de cuisson solaire pour des motifs sanitaire, écologique (déboisement) et économiques. Une solidarité et une volonté pédagogique qui s’est exprimée dernièrement au Sénégal, vers Tambacounda, au-delà de la Gambie (il est aussi membre de Monde Solidaire La Flèche qui y mène des actions). Il avait lui aussi besoin de moyens… financiers : , mais l’opération y est aussi largement présentée.

Nous connaissons quelques autres férus du « slow-food » solaire et autres bienfaisants sur ce créneau. S’ils le souhaitent, ce sera pour une autre communication.


[1] Bolivia Inti : Bolivia pour Bolivie et Inti pour la manifestation — divine — inca et panandine du soleil.

[2] Expression du pyromane J. Chirac (nucléaire notamment) à l’ouverture du discours qu’il fit devant l’assemblée plénière du IVe Sommet de la Terre, le 2 septembre 2002 à Johannesbourg.

[3] Bolivia Inti, c’est là : , ou encore ici (pour une variété de fours et leur fiche technique) :  ; contact local (Sarthe), Yves Caillard : flolyves@gmail.com ; contact sur Nantes : Jennyfer Soudel. Administration : Bolivia Inti – Sud Soleil, 8 rue Saint Domingue, 44200 Nantes. Tél. 02 51 86 04 04.

Il n’y a pas d’atelier de fabrication spécifique en Sarthe (structure et disponibilité réduite). Dans l’Ouest, BISS concentre ses stages de fabrication à Nantes où elle fait aussi tourner un centre d’aide par le travail (CAT). Mais l’association a formé le personnel de la Maison de l’environnement, au lac de Maine, à Angers, et fédère une quinzaine de relais en France qui, eux, en organisent.

[4] Test de référence en médecine ou en statistique, pour établir la validité d’un fait.


Logo et photo de fours solaires alignés : Bolivia Inti. Autres photos : SdN 72.