Poubelle(s) nucléaire(s) : 300 000 pas vers Saint-Dizier


Samedi 20 mai 2017 – Bure et Saint-Dizier

En dépit de la distance, une poignée d’irréductibles Sarthois.es étaient encore bien présents à ce rendez-vous. Le troisième du genre. Mais, entre les 100 000 (2015), les 200 000 (2016) et ces 300 000 pas (2017), bien d’autres rassemblements — des plus ordinaires aux plus incisifs — se sont ostensiblement intercalés. En février de cette année (c’est là : ), en août 2016 (ici: ) juillet (là : ) et juin (ici : ).

Sur place, la mobilisation est permanente, l’occupation du bois Lejuc concrète et l’offensive juridique soutenue !

Les rallyes antinukes

Cette fois, il s’agissait moins de marcher (d’ordinaire, au voisinage de Bure-CIGéo), que de converger — avec assistance thermique — en plusieurs rallyes découvertes, et sur trois départements (Aube, Marne et Meuse), avec pour objectif d’interpeller la population et les pouvoirs publics. Trois convois de voitures et autres engins motorisés évoluant à faible allure, mais aux livrées (parfois des empilages à la Dubout) « outrageusement » bariolées, revendicatives, caustiques, insolentes, cyniques et toujours antinucléaires (photo ci-contre et tutoriel ici : ) vers le lieu de rassemblement de midi, à Saint-Dizier[1], via les nombreuses métastases nucléaires de la région de Champagne : Bure-Saudron, Velaines, Void-Vacon, Gudmont-Villiers, Joinville, Soulaines-Morvilliers ! Excusez du peu ! (cf. notre conclusion empruntée à F. Villon). Sur chacun de ces lieux, un.e « guide local.e » présentait l’infrastructure existante ou à venir et sa place dans la nucléarisation du territoire. Faites un tour par une carte topographique, vos bulles festives (du CO2 !) en seront à jamais différentes !

Les lieux d’étapes, de passage, ou « visités »

Bure (Meuse) : CIGéo, Centre industriel de stockage géologique, ou « labo » de l’ANDRA (à 40 km de Saint-Dizier). Plus le centre d’archives d’EDF (paumé, loin des étudiants et chercheurs, à usage essentiellement interne, comme celui d’AREVA à Houdelaincourt).

Saudron (Haute-Marne) : projet Syndièse, usine de production de biocarburants de 2e génération (tentative de verdissement de l’ineptie voisine : CIGéo).

Houdelaincourt (Meuse) : centre d’archives industrielles d’AREVA (éloignées de tout et de tous, étudiant, chercheurs, usage…).

Gondrecourt-le-Château (Meuse) : gare de triage des trains nucléaires.

Void-Vacon (Meuse) : plate-forme de transit nucléaire (AREVA).

Velaines (Meuse) : plate-forme logistique EDF de Velaines, dédiée à la maintenance (pièces de rechange) des cinquante-huit réacteurs du parc français.

Gudmont-Villiers (Haute-Marne) : BISON, Base intermédiaire de services opérationnels nucléaires, future usine nucléaire de traitement et de reconditionnement des déchets nucléaires de faible activité.

Joinville-Joinchère (Haute-Marne) : blanchisserie UNITECH (Unitech Services Group), laverie industrielle de linge contaminé (1 500 tonnes à l’horizon 2022).

Soulaines-Morvilliers (Aube) : arrêt à la célèbre stèle (les luttes de 1985) et centre de stockage des déchets de faible et moyenne activité CSA Soulaines.

Epothémont (Aube) : site Daher et centre de stockage FA-VL.

Morvilliers (Aube) : site CIRES, Centre industriel de regroupement, d’entreposage et de stockage (ANDRA) à Morvilliers-La Chaise (stocke des déchets TFA de très faible activité, regroupe, trie et traite des déchets radioactifs issus d’activités non électronucléaires et entrepose certains de ces déchets qui n’ont pas encore de solution de gestion définitive).

Saint-Dizier (Haute-Marne) : durement négocié avec la préfecture, le site SOCODEI, (BAMAS) usine de reconditionnement de pièces détachées usagées radioactives, n’a pas été retenu.

On pourrait encore aborder la formation aux métiers du nucléaire au lycée professionnel Blaise-Pascal de Saint-Dizier (filières Environnement nucléaire et école de robinetterie), ou celle du lycée Ligier-Richier de Bar-le-Duc (Meuse) dédié aux techniques de soudage sur tuyauteries et appareils à pression). Mais nous n’en finirions plus!

Déambulation à Saint-Dizier

Le rall(y)ement s’effectuait au stade Charles-Jacquin, à Saint-Dizier, pour les pique-niques (tirés du sac) ou petite restauration sur place (pour les moins prévoyants) et buvette.

Aussi et surtout, au menu, les nourritures terrestres culturello-militantes et festives, stands d’informations, animations, avant de repasser à la déambulation-manif sur un circuit de 4 km, essentiellement intra-muros. Avec les Bure’Haleurs, les Tambours de Bure et les arrêts symboliques pour de courtes prises de parole explicatives devant la mairie, la sous-préfecture et pause au monument à la Résistance, au centre de la cité Bragarde [2] sur la place Aristide-Briand, avec scénographie sur le thème de la Marne, pulvérisation massive de « nucléides » (canon à neige) qui, côté minot, va très vite évoluer en « mousse party », de quoi dégeler l’ambiance à en faire fondre la tour Miko! [3] Pour les mêmes fondus de « mousse party », la scène sera dupliquée sur le pont Godard-Jeanson.

Retour au stade par les bords de Marne avec un lâcher d’objets flottants biodégradables (fleurs[4], couronnes, gerbes, tresses, bateaux en papier, OFNI) sur la Marne (affluent de la Seine) symbolisant les radioéléments qui, de Bure (via son affluent, la Saulx), de Gudmont-Villiers et de Joinville, s’en iraient contaminer le bassin parisien et Paris.

Enfin, pour clore l’après midi et la soirée, pas moins de cinq concerts (cf. affiche du concert).

De six cents personnes (sur les rassemblements) à mille (sur l’ensemble de la manifestation) ont participé à ce rendez-vous.

Où est Charlie ?

Au débotté, ceux qui, pour affirmer publiquement leur refus du projet d’enfouissement des déchets nucléaires, s’étaient fait tirer le portrait par Irène Gunepin (Meuse), Bernard Nicolle (Ille-et-Villaine), Joëlle Ronnet (?), lors des rassemblements de Flamanville, NDDL (pour l’Ouest) ont pu rechercher leur binette sur les vingt-cinq affiches grand format « Publimat » (genre 4 mètres sur 3) placardées depuis quelques jours dans la ville. En surimpression d’une multitude de trombines, on pouvait y lire : « Ils ont dit non à CIGéo Bure. Et vous ? » Chercher un.e Charlie antinucléaire, c’est aussi là : , et seulement si vous n’avez rien de mieux à faire.

Retour vers le futur

Dans les années 2000, une très puissante mobilisation des populations du sud de la Mayenne et du nord-ouest de la Sarthe — dont l’épicentre à Izé, à une dizaine de kilomètres de Sillé-le-Guillaume — nous a préservé d’une réplique de CIGéo dans le granite (c’est ici :  et là : ). Prémonition ? Ces populations avaient-elles envisagées à ce point la vérolisation nucléaire du territoire comme on le voit ci-dessus en Champagne ? Les trois sénateurs sarthois (pronucléaires, 2 LR, 1 PS), eux, n’ont pas eu de scrupules à refiler nos prurits nucléaires à la région de Bure en votant pour CIGéo le 17 mai 2016. Les cinq députés sarthois (4 PS, 1 LR), tous absents du débat à l’Assemblée nationale (qui comptait moins de vingt-cinq présents [5]), ont implicitement avalisé l’immonde projet CIGéo (adopté conforme au texte du Sénat, le 11 juillet 2016), et du coup, ses verrues attenantes ! À quelques jours de leur renouvellement, il n’est pas inutile de s’en souvenir.

En finir !

Une poignée de générations (les nôtres) va donc refiler ses mortifères déjections à un nombre invraisemblable d’autres. Il est urgent d’en arrêter la multiplication et de revenir sur la notion d’enfouissement et de sa soi-disant réversibilité, qui s’effectue « à l’insu de notre plein gré » !

« Frères humains qui après nous vivez, n’ayez les cœurs contre nous endurcis. » François Villon.

Retrouvez la vidéo de France 3 ici : .


Ce même week-end, 58 % des Suisses ont renoncer au nucléaire pour prendre doucement le virage des renouvelables. Ils avaient refusé la sortie du nucléaire en novembre en ne réunissant que 46 % des voix ! Le diable se cache donc dans les détails. Certes, c’est une victoire, mais à la Pyrrhus. Aucune nouvelle centrale ne sera construite, la consommation réduite et les investissements réorientés au profit des énergies renouvelables (officiellement), mais, le parc actuel de cinq réacteurs (quatre centrales) — dont le plus vieux du monde (Beznau, quarante-sept ans en septembre) et certains forts mal en point — se verra prolongé à cinquante, voire soixante ans, selon la fiabilité de chaque en matière de sûreté, ce qu’aura à en juger l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire suisse (IFSN). Quid des exportations d’électricité, d’origine nucléaire, de ses voisins français ?


En Champagne, la voie juridique rencontre aussi quelques succès. Le lundi suivant (le 22 mai), la cour d’appel de Nancy a confirmé le jugement en première instance du TGI de Bar-le-Duc (d’août 2016) à l’encontre de l’Agence nationale de gestion des déchets radioactifs (Andra) lui interdisant de mener des travaux de défrichement dans le bois Lejuc. En février, les antinucléaires avaient également obtenu l’invalidation de la délibération municipale ayant cédé ce terrain à l’Andra. Il serait trop long ici de retracer tous les recours!


Dès maintenant, réservez votre week-end du 11 au 13 août 2017 (date anniversaire de la « chute du mur » au bois Lejuc) pour trois jours de rassemblement festif, constructif et militant, cet été à Bure (Meuse et Haute-Marne), organisé par un collectif de groupes locaux et nationaux en lutte contre CIGéo (centre d’enfouissement de déchets hautement radioactifs) et contre la nucléarisation forcée du territoire. Avec information, spectacles, concerts, expositions, ateliers, marches. Un camping, des cantines et structures seront aussi là pour vous accueillir !


[1] Saint-Dizier (Haute-Marne), c’est aussi le berceau d’un des piliers de la force de dissuasion nucléaire française. Dans sa composante aérienne avec Istres (Bouches-du-Rhône), la base aérienne 113 Saint-Dizier-Robinson accueille les avions de chasse porteurs de charges nucléaires. Les quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), basés à l’Ile-Longue (face à Brest), en sont la seconde composante. À Commercy (40 km plus loin), Safran produit des moteurs d’avion et le système de propulsion et de guidage du M51 (missile nucléaire pour sous-marin).

[2] Saint-Dizier, cité Bragarde, les habitants sont appelés les Bragards. Ce nom proviendrait de l’éloge déformé de François Ier : « Ah ! Les braves gars ! », en apprenant la résistance des habitants, en 1544, lors du siège de la ville, par Charles Quint.

[3] Saint-Dizier est le berceau de la célèbre marque de crème glacée Miko qui est toujours produite sur la ville, mais en zone industrielle. La tour Miko (genre ancienne autogare de l’avenue Leclerc au Mans) est devenue la salle obscure « Ciné Quai ».

[4] Fleurs, bouquets, gerbes, couronnes, tresses (à base de végétaux)… Symboliquement, le premier lancer sera constitué de plantes dénommées (attention, jeu de mots…) Nicandra (si si, et ça ne s’invente pas !) dite pomme du Pérou.

[5] Proposition de loi introduite une énième fois par le sénateur (LR) de la Meuse Gérard Longuet (bras droit de Fillon à la présidentielle), couronnée de succès : 333 des 343 suffrages exprimés se sont prononcé en faveur du texte !

[6] Seuls, quatre députés (EE-LV et ex), mais surtout Cécile Duflot (EE-LV), batailleront contre.


Illustrations (pour agrandir cliquez dessus): visuels du collectif ?????. Photos : SdN 72, Jean Coly et ? (on répare dès qu’on a l’info). Photos du panneau publicitaire : Stop Bure 55. Dessin de Bizz repris de SdN n°43 été 2009 (son site www.biz-humour.com.jpeg).